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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204203

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204203

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET CLL AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de la SARL Aviso, qui contestait la décision de la maire de Bièvres du 24 décembre 2021 exerçant le droit de préemption urbain sur une parcelle, ainsi que le rejet de son recours gracieux. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation, de l'erreur de fait et de l'absence de projet d'aménagement au sens des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme. Il a jugé que la commune justifiait d'un projet réel de création de logements locatifs sociaux, conforme à ses délibérations, et que la décision de préemption était légalement fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 30 mai 2022, 17 mai 2023, et 11 août 2023, la SARL Aviso, représentée par Me Salabelle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision n° 2021-68 du 24 décembre 2021 par laquelle la maire de la commune de Bièvres a exercé son droit de préemption sur la parcelle cadastrée section N 204 et la décision du 28 mars 2022 par laquelle son recours gracieux dirigé contre cette décision a été rejeté ;

2°) d'enjoindre à la commune de Bièvres de prendre une décision portant renonciation à son droit de préemption ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bièvres la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la délibération du conseil municipal de Bièvres du 23 mai 2020 qui a procédé à l'élection de la maire de la commune ait fait l'objet des mesures de publicité conditionnant son entrée en vigueur, de sorte que tous les actes subséquents pris en tant que maire de la commune, dont la décision attaquée, sont entachés d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle retient à tort que la commune de Bièvres ne disposerait pas d'une réserve foncière suffisante pour réaliser ses objectifs en matière de création de logements locatifs sociaux ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'appréciation dès lors que la commune ne justifie pas de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objectifs mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 13 février, 5 juillet et 13 septembre 2023, la commune de Bièvres, représentée par Me Lazennec, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 octobre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maljevic, conseiller,

- les conclusions de Mme Amar-Cid, rapporteure publique,

- les observations de Me Rebière, représentant la SARL Aviso,

- et les observations de Me Gabriel, représentant la commune de Bièvres.

Une note en délibéré, présentée pour la commune de Bièvres, a été enregistrée le 4 décembre 2024.

Une note en délibéré, présentée pour la SARL Aviso, a été enregistrée le 5 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 24 décembre 2021, la maire de la commune de Bièvres a exercé son droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section N 204, située au 70 rue de Vauboyen, sur le territoire de la commune. Par un courrier du 21 février 2022, la SARL Aviso, acquéreur évincé, a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a fait l'objet d'un rejet le 28 mars 2022. Par la présente requête, la SARL Aviso demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () / Lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme local de l'habitat ou, en l'absence de programme local de l'habitat, lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme de construction de logements locatifs sociaux, la décision de préemption peut, sauf lorsqu'il s'agit d'un bien mentionné à l'article L. 211-4, se référer aux dispositions de cette délibération. Il en est de même lorsque la commune a délibéré pour délimiter des périmètres déterminés dans lesquels elle décide d'intervenir pour les aménager et améliorer leur qualité urbaine ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme mentionné au point précédent que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant. Le juge de l'excès de pouvoir vérifie si le projet d'action ou d'opération envisagé par le titulaire du droit de préemption est de nature à justifier légalement l'exercice de ce droit.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée, que pour motiver la préemption en litige la maire de la commune de Bièvres a relevé que son territoire présente un déficit de logements locatifs sociaux et qu'elle s'est engagée à réaliser au moins 101 logements sociaux pour la période triennale 2020-2022. Elle mentionne que compte tenu de la rareté du foncier disponible sur le territoire communal, elle souhaite saisir l'opportunité foncière litigieuse afin de réaliser une partie de son objectif d'engagement triennal de production de logements locatifs sociaux.

5. Pour justifier de la réalité et de l'antériorité de son projet, la commune se prévaut de ce que le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune, grève la parcelle préemptée, en application de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme, d'un emplacement réservé à des constructions à destination d'habitation devant comprendre un minimum de 70 % de logements sociaux. Toutefois, un tel emplacement réservé ne saurait, par lui-même, suffire à établir l'antériorité et la réalité d'un projet d'action ou d'une opération d'aménagement sur la parcelle concernée alors que cette servitude s'impose indistinctement aux opérateurs publics et privés et a pour seul objet de contraindre à la réalisation de logements comprenant une proportion minimale de logements sociaux. Dans ces conditions, et en l'absence de toutes précisions tenant aux caractéristiques générales du projet de la commune de Bièvres sur la parcelle préemptée, cette dernière ne justifie pas de l'antériorité et de la réalité, à la date de la décision litigieuse, d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que la décision litigieuse a été prise en méconnaissance des dispositions citées au point 2 du présent jugement.

6. Pour l'application de l'article L.600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est susceptible d'entraîner l'illégalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Aviso est fondée à demander l'annulation de la décision du 24 décembre 2021 par laquelle la commune de Bièvres a exercé son droit de préemption ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du 28 mars 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision de préemption du 24 décembre 2021, n'implique pas d'enjoindre à la commune de Bièvres de prendre une décision portant renonciation à son droit de préemption. Par suite, les conclusions présentées aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL Aviso, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Bièvres au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bièvres, le versement à la SARL Aviso d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision n° 2021-68 du 24 décembre 2021 par laquelle la maire de la commune de Bièvres a exercé son droit de préemption et celle du 28 mars 2022 par laquelle elle a rejeté le recours gracieux dirigé contre cette décision sont annulées.

Article 2 : La commune de Bièvres versera à la SARL Aviso une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Bièvres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et le surplus des conclusions de la requête sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Aviso et à la commune de Bièvres.

Copie en sera adressée, pour information, à l'institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Maljevic

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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