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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204227

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204227

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2204227 et des pièces complémentaires enregistrées les 31 mai et 10 juin 2022, M. D A E, représenté par Me Saidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé assorti d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé et ne prend pas en compte sa situation particulière ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, lui et sa famille étant intégrés sur le territoire français, et plus particulièrement, ses enfants étant scolarisés depuis plusieurs années.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur d'appréciation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2022 par une ordonnance du 1er juin 2022.

Un mémoire en défense a été communiqué par le préfet de l'Essonne le 15 juillet 2022 et n'a pas été communiqué.

M. A E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2022.

II. Par une requête n°2204228 et des pièces complémentaires enregistrées le 31 mai et le 10 juin 2022, Mme C F, représentée par Me Saidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé assorti d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé et ne prend pas en compte sa situation particulière ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, elle et sa famille étant intégrées sur le territoire français, et plus particulièrement, ses enfants étant scolarisés depuis plusieurs années.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur d'appréciation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2022 par une ordonnance du 1er juin 2022.

Un mémoire en défense a été communiqué par le préfet de l'Essonne le 15 juillet 2022 et n'a pas été communiqué.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Geismar, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A E, ressortissant marocain né le 16 novembre 1976, est entré en France le 28 février 2011, selon ses déclarations. Il a sollicité, le 9 juillet 2021, un titre de séjour " salarié ". Par un arrêté du 6 décembre 2021, le préfet de l'Essonne a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours. M. A E demande, par la requête n°2204227, l'annulation de ces décisions.

2. Mme C F, ressortissante marocaine née le 22 juin 1983 et conjointe de M. A E, est entrée en France le 6 décembre 2013 selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 9 juillet 2021, un titre de séjour " salarié ". Par un arrêté du 6 décembre 2021, le préfet de l'Essonne a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours. Mme F demande, par la requête n°2204228, l'annulation de ces décisions.

3. Ces deux requêtes sont relatives à la situation d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les refus d'admission au séjour :

4. Les deux arrêtés litigieux visent les dispositions applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils résument le parcours des intéressés ainsi que leur situation familiale et administrative. Le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit donc être écartés.

5. En outre, il ressort des termes des arrêtés critiqués que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de leur situation.

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Et l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. ".

7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

8. Si M. A E et Mme F soutiennent séjourner en France depuis, respectivement, 2011 et 2013, ils ne le démontrent pas par les pièces qu'ils produisent. Ils se prévalent également, pour solliciter leur admission au séjour, de l'activité professionnelle de M. A E, qui justifie d'un emploi en tant qu'ouvrier depuis le 2 décembre 2019, et de la scolarisation d'un de leurs enfants, B, née le 16 août 2006. Au vu de leur situation professionnelle et familiale, le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en refusant leur admission exceptionnelle au séjour.

Sur les obligations de quitter le territoire français :

9. D'une part, le moyen tiré de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français en raison de l'illégalité des refus de titre de séjour qui les fonde doit être écarté.

10. D'autre part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. En l'espèce, les requérants, qui forment un couple, n'établissent pas avoir tissé sur le territoire des liens sociaux ou professionnels intenses et stables. Et les circonstances que l'un d'eux dispose d'une activité professionnelle sur le territoire, et que leurs enfants soient scolarisés, ne justifient pas d'une telle insertion. Enfin, ils n'apparaissent pas dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où vivent encore leurs parents ainsi que leurs frères et sœurs. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce que leur famille soit reconstituée dans leur pays d'origine où leurs enfants peuvent être scolarisés. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 cité ci-dessus doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 6 décembre 2021 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A E et de Mme F sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A E, à Mme C F et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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