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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204229

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204229

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2022, M. B D, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour sans délai, ou à défaut de réexaminer sa demande dans le délai de quinze jours et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit à défaut d'avoir été instruite sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant tunisien né le 26 mars 1983, est entré en France le 12 février 2015, muni d'un visa court séjour. Il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de l'Essonne portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire le 26 janvier 2021 et le recours qu'il a effectué à son encontre a été rejeté par le jugement n°2101219 devenu définitif rendu par le tribunal administratif de Versailles le 3 juin 2021. Par un nouvel arrêté du 2 novembre 2021, le Préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. M. D demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision refusant l'octroi d'un titre de séjour :

2. La décision litigieuse vise l'accord franco-tunisien, les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle résume la situation administrative et familiale du requérant, indiquant que l'intéressé, entré sur le territoire en 2015, est père de deux enfants dont un né en France, qu'il ne justifie pas d'une insertion dans la société et n'exerce pas d'activité professionnelle. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit donc être écarté.

3. Il ressort des termes de cette décision que le préfet a effectué un examen particulier de sa situation.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

5. D'une part, le requérant soutient que la décision refusant un titre de séjour est entachée d'une erreur de droit au motif que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de l'admission exceptionnelle au séjour telle qu'elle est prévue par l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, cet article a été abrogé et repris, dans les mêmes termes, par l'article L. 435-1 du même code, applicable depuis le 1er mai 2021. En l'espèce, la décision litigieuse, qui vise cet article L. 435-1 à trois reprises, indique que l'intéressé ne répond pas à des considérations humanitaires et ne justifie pas de motifs exceptionnels, n'est pas entachée d'une erreur de droit.

6. D'autre part, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

7. Pour prendre l'arrêté litigieux, le préfet de l'Essonne a estimé que le requérant ne justifiait pas de considérations humanitaires ou exceptionnelles au sens des dispositions de l'article L. 435-1 cité ci-dessus. M. D fait valoir qu'il séjourne en France depuis 2015 et se prévaut de sa situation familiale, précisant qu'il réside avec sa compagne et qu'un de ses enfants est né en France. Toutefois, il n'exerce aucune activité professionnelle et ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire. En outre, s'il allègue que l'état de santé de sa compagne, Mme A C, nécessite des soins, il ne le démontre pas par les pièces qu'il produit, qui sont antérieures à l'obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet le 22 octobre 2021. Ainsi, le requérant ne démontre pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. Le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Le requérant a déclaré être père de deux enfants dont l'un est né en France le 21 janvier 2020. Toutefois, sa compagne, de nationalité tunisienne également, ne dispose pas de titre de séjour l'autorisant à résider en France et leur cellule familiale peut être reconstituée dans leur pays d'origine, où ils n'apparaissent pas dépourvus d'attaches familiales et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de ses 32 ans. Ainsi, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 7, l'arrêté ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celle présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. M. B D et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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