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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204262

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204262

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2022, M. B A, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet des Yvelines du 28 avril 2022 lui refusant un titre de séjour portant la mention " salarié ", portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour demandé dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 29 août 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vincent, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 14 juin 1981, est entré sur le territoire français le 15 septembre 2013, sous couvert d'un visa valable du 5 septembre 2013 au 20 octobre 2013, selon ses déclarations. Le 4 juin 2019, il a sollicité l'obtention d'un titre de séjour " salarié ". Le préfet du Val d'Oise a refusé de faire droit à sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 17 janvier 2020 auquel il n'a pas déféré. Le 10 décembre 2021, il a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour " salarié ". Par arrêté du 28 avril 2022 dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de faire droit à sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français avec délai en fixant le pays de renvoi.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté n° 78-2022-01-31-00002 du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2022-021 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. C D, directeur des migrations et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer toutes les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour, qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, vise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, conformément aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, de manière non stéréotypée. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet aurait manqué à son devoir d'examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être également écarté.

5. En troisième lieu, le requérant soutient que le préfet a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " au motif qu'il justifie de sa présence en France depuis 2014, de son intégration professionnelle depuis cette même année comme en attestent les fiches de paie versées au dossier depuis mars 2014 ainsi que d'un dernier contrat à durée indéterminée signé le 1er septembre 2021. Il fait valoir également qu'il a régulièrement déclaré ses revenus en produisant ses avis d'imposition pour les années 2014, 2016, 2017, 2019 à 2021, alors que le préfet n'établit pas qu'il aurait travaillé avec une fausse carte d'identité française.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

8. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Tel est le cas en l'espèce.

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a exercé une activité professionnelle depuis 2014 d'abord en tant qu'" homme toutes mains " puis employé polyvalent puis cuisinier à partir de novembre 2016, pour le compte de différents employeurs. Son dernier employeur l'a recruté en contrat à durée indéterminée à compter du 14 janvier 2021 à temps partiel puis à temps complet. Toutefois, nonobstant l'ancienneté de son séjour en France et le fait qu'il ait régulièrement déclaré ses revenus contrairement à ce que fait valoir le préfet, les éléments produits ne sont pas suffisants pour établir que le préfet a méconnu le pouvoir discrétionnaire dont il est détenteur même sans texte, en refusant de lui octroyer le titre de séjour demandé. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si le requérant, célibataire et sans enfant à charge, justifie de son insertion professionnelle, il ne démontre pas, cependant, l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France en se bornant à faire valoir la présence d'un frère en France, ni la réalité de son intégration autre que professionnelle. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

14. Au cas d'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, conformément à l'article précité, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen, doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas non plus de la décision attaquée que le préfet aurait manqué à son devoir d'examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être également écarté.

16. En troisième lieu, il résulte du point 12 du présent jugement que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Par suite, la décision attaquée n'est pas illégale par voie de conséquence. Par suite, le moyen doit être écarté.

17. En quatrième lieu, si le requérant soutient que le préfet a méconnu l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte du 3° de cet article que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, comme tel est le cas en l'espèce. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précisés au point 11 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ni qu'elle soit entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartées.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

20. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, la décision attaquée n'est pas illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'ensemble des décisions attaquées doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que de ses conclusions sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, de ses conclusions sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, présidente,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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