jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2204277 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Magistrat Perez |
| Avocat requérant | LESAGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2022, M. B A, représenté par Me Lesage, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions successives de retraits de points correspondant aux infractions en date du 4 mai 2019, du 17 février 2020, du 26 juillet 2020, du 3 janvier 2021, du 4 décembre 2020, ainsi que la décision invalidant son permis de conduire à compter du 4 décembre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 8 avril 2022 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points correspondant à ces infractions et de retirer la décision invalidant son permis de conduire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 080 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la réalité des infractions concernées n'est pas établie ;
- les décisions de retrait de points de son permis n'ont pas fait l'objet d'une information préalable du contrevenant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision invalidant le permis de conduire du 4 décembre 2021 et que les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juin 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Perez pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Perez, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A s'est vu retirer des points à son permis de conduire pour des infractions au code de la route du 4 mai 2019, du 17 février 2020, du 26 juillet 2020, du 3 janvier 2021, du 4 décembre 2020 et son permis a été invalidé par une décision 48 SI notifiée le 4 décembre 2021. Il a formé un recours gracieux le 3 février 2022, reçu par l'administration le 7 février 2022, et du silence gardé par celle-ci est intervenue dans un délai de deux mois à compter de la réception une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande l'annulation des décisions de retrait de points concernées, de la décision invalidant son permis de conduire, ensemble de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur le non-lieu à statuer concernant les conclusions à fin d'annulation de la décision invalidant le permis de conduire à compter du 4 décembre 2021 :
2. Il résulte du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. A, édité le 4 juillet 2022 et produit par le ministre de l'intérieur au cours de l'instance, que les mentions du retrait de points à raison d'une infraction commise le 4 décembre 2020 et celles relatives à la décision référencée 48 SI notifiée le 4 décembre 2021 ont été supprimées. Par suite, le ministre de l'intérieur est réputé avoir retiré ces décisions en cours d'instance, et il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à leur annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :
3. En application des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. En vertu de l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation régulière contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée entraîne l'annulation du titre exécutoire. Eu égard aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, l'annulation du titre exécutoire a pour conséquence que la réalité de l'infraction ne peut plus être regardée comme établie. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
4. Il résulte de l'instruction que les infractions au code de la route relevées les 17 février 2020, 26 juillet 2020, et 3 janvier 2021 ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée à l'encontre de M. A, et que l'infraction relevée le 4 mai 2019 a donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire dont le requérant s'est acquitté. Si celui-ci conteste la réalité de ces infractions, il n'établit pas avoir formé de réclamation recevable devant l'officier du ministère public à l'encontre des titres exécutoires. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de réalité de ces infractions doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :
5. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.
S'agissant de l'infraction commise le 17 février 2020 :
6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
7. Il résulte de l'instruction que l'infraction du 17 février 2020 a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal de contravention, signé par M. A C document mentionne la nature de l'infraction constatée, énonce que l'intéressé reconnaît avoir été informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits de points, de la possibilité d'accéder aux informations le concernant, des dispositions de l'article L. 223-2 du code de la route et que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été destinataire des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
S'agissant de l'infraction commise le 4 mai 2019
8. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.
9. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que l'intéressé s'est acquitté de l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction relevée le 4 mai 2019 ayant fait l'objet d'un procès-verbal électronique. Par suite, en l'absence de production par le requérant de l'avis au vu duquel il a acquitté cette amende et qui démontrerait son caractère inexact ou incomplet, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas reçu les informations prévues par les dispositions précitées du code de la route s'agissant de cette infraction doit être écarté.
S'agissant des infractions commises les 26 juillet 2020 et 3 janvier 2021 :
10. Il résulte de l'instruction que les infractions du 26 juillet 2020 et du 3 janvier 2021 ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au centre national de traitement du contrôle automatisé et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à défaut du paiement de l'amende forfaitaire ou du dépôt régulier d'une requête tendant à son exonération, l'infraction fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée devenu définitif, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à démontrer que M. A aurait reçu l'information prévue à l'article L. 223-3 du même code alors que le ministre de l'intérieur ne produit aucune preuve de la remise des documents de paiement relatif à l'amende forfaitaire, ni aucune attestation de paiement de l'amende forfaitaire majorée susceptible de démontrer que le requérant aurait été nécessairement destinataire des documents de paiement sur lesquels figurent l'information préalable. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré quatre points du capital de son permis de conduire, à la suite de l'infraction du 26 juillet 2020, et que la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré quatre points du capital de son permis de conduire, à la suite de l'infraction du 3 janvier 2021, sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu seulement d'annuler la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise par M. A le 26 juillet 2020 et d'annuler la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise par M. A le 3 janvier 2021. En revanche, les décisions de retrait de points liées aux infractions du 4 mai 2019 et du 17 février 2020 doivent être maintenues.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital du permis de conduire de M. A et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire à la suite des infractions relevées les 26 juillet 2020 et 3 janvier 2021. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de quatre points sur le permis de conduire de M. A en raison d'une infraction commise le 4 décembre 2020 ainsi que sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision invalidant son permis de conduire notifiée le 4 décembre 2021.
Article 2 : Les décisions de retrait de points consécutives aux infractions du 26 juillet 2020 et du 3 janvier 2021 sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer les points illégalement retirés du permis de conduire de M. A consécutivement aux infractions relevées les 26 juillet 2020 et le 3 janvier 2021 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J-L Perez
La greffière,
signé
A. Esteves
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026