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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204304

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204304

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSIDI-AISSA

Texte intégral

(p)Vu la procédure suivante :(/p)

(p)Par une requête et des mémoires enregistrés le 1er juin 2022, le 1er septembre 2022 et le 17 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Weinberg, doit être regardé comme demandant au tribunal :(/p)

(p)1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 31 mai 2022 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi ainsi que l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une année ; (/p)

(p)2°) d'enjoindre au préfet de lui restituer son passeport ; (/p)

(p)3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative(/p)

(p)Il soutient que :(/p)

(p)S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français : (/p)

(p)- elle est insuffisamment motivée ;(/p)

(p)- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;(/p)

(p)- elle est entachée d'une erreur de fait ; (/p)

(p)- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;(/p)

(p)S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire : (/p)

(p)- elle est insuffisamment motivée ; (/p)

(p)- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; (/p)

(p)- elle est entachée d'une erreur de fait ;(/p)

(p)- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ; (/p)

(p)S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi : (/p)

(p)- elle est illégale par voie de conséquence ; (/p)

(p)S'agissant de l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français : (/p)

(p)- il est insuffisamment motivé ; (/p)

(p)- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; (/p)

(p)-il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. (/p)

(p)Par des mémoires enregistrés le 1er juillet 2022 et le 16 septembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.(/p)

(p)Il soutient que : (/p)

(p)- la décision portant obligation de quitter le territoire français se fonde également sur le fait que M. A ayant présenté un faux passeport malien aux autorités françaises, le préfet de Charente-Maritime ne lui a pas renouvelé son titre de séjour temporaire ; (/p)

(p)- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés ;(/p)

(p)Par des mémoires enregistrés le 5 octobre 2022 et le 11 octobre 2022, le préfet de Charente-Maritime a produit des observations. (/p)

(p)Un mémoire présenté par le préfet de police a été enregistré le 20 octobre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction.(/p)

(p)Vu :(/p)

(p)- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; (/p)

(p)- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;(/p)

(p)- le code de justice administrative.(/p)

(p)Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.(/p)

(p)Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.(/p)

(p)A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vincent, première conseillère. (/p)

(p)Considérant ce qui suit :(/p)

(p)1. M. B A, ressortissant malien né le 5 septembre 2001, est entré sur le territoire français en novembre 2017, selon ses déclarations. Il a ensuite été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance en tant que mineur isolé dans le département du Gers. Il a été mis en possession d'un titre de séjour le 24 août 2020 puis d'un récépissé de demande de renouvellement valable jusqu'au 23 février 2022. S'étant rendu au Mali, il a sollicité un visa de retour auprès du consulat de France à Bamako le 16 février 2022, qui lui a été refusé au motif de faux document de voyage. En mai 2022, à son arrivée à l'aéroport de Roissy, il a fait l'objet d'une mesure de non-admission sur le territoire français, assortie d'une décision de maintien en zone d'attente, au motif qu'il avait présenté un récépissé de demande de titre de séjour falsifié. Il a ensuite refusé d'embarquer sur le vol prévu pour son renvoi au Mali, le 25 mai 2022 puis interpellé le 31 mai 2022, date à laquelle il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire ainsi que d'un autre arrêté, daté du même jour, lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an. Par la présente requête, il demande l'annulation de ces deux arrêtés. (/p)

(p)Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :(/p)

(p)2. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait, certes extrêmement succinctes, qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. (/p)

(p)3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ". (/p)

(p)4. Au cas d'espèce, il ressort des mentions de la décision attaquée que l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur le fait que le titre de séjour temporaire délivré par le préfet de Charente-Maritime lui a été retiré en 2021 et que, depuis lors, il s'est maintenu sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Charente-Maritime lui a délivré un titre de séjour temporaire le 24 août 2020, valable jusqu'au 23 août 2021 puis un récépissé de demande de titre valable jusqu'au 23 février 2022, non renouvelé ensuite. De plus, le préfet de Charente-Maritime fait valoir dans ses dernières écritures qu'il n'a jamais pris une telle décision mais qu'en ne renouvelant pas son titre de séjour, il a simplement entendu rejeter implicitement sa demande. (/p)

(p)5. Toutefois, la décision attaquée se fonde également sur le fait que le requérant a demandé le renouvellement de son titre de séjour en présentant un faux passeport malien. A cet égard, le préfet de police précise dans son mémoire en défense qu'il s'agit du passeport n°B0742904 valable du 18 octobre 2017 au 18 octobre 2022. Il fait par ailleurs état d'un autre passeport falsifié n°B0689331 qu'aurait utilisé le requérant pour entrer en France, sous l'alias de Soufianou A, né le 1er septembre 1992 à Brazzaville et exerçant la profession de commerçant mais sur lequel figurent les empreintes digitales et la photo du requérant, et pour lequel les autorités consulaires italiennes au Gabon ont délivré un visa Schengen valable de septembre à octobre 2017. Si le requérant soutient que le préfet n'établit pas le caractère falsifié du passeport n°B074904 et conteste formellement avoir jamais présenté et utilisé le faux passeport malien au nom de Soufianou A, falsifié à l'initiative de son oncle contre son gré selon ses dires, il ressort des échanges de courriels du 25 mai 2022 versés au dossier entre la préfecture de Charente-Maritime et la DPAF de Roissy que lors de sa demande de titre de séjour, le requérant a produit le passeport n°B0742904 valable du 18 octobre 2017 au 18 octobre 2022, certes au nom de Soufiane A né au Mali le 5 septembre 2001, identité dont il justifie par la production d'un acte de naissance et d'un jugement supplétif, mais faisant partie d'un lot de 30 contrefaçons de passeports présentés par des ressortissants maliens pris en charge en qualité de mineur non accompagné, détectés en Charente-Maritime en 2021 et signalés au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Saintes par courrier du 23 août 2021 puis, postérieurement à la décision attaquée, par courrier du 5 septembre 2022. Dès lors, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et de l'erreur de fait doivent être écartés. (/p)

(p)6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".(/p)

(p)7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui a déclaré être célibataire et sans charge de famille lors de son audition par la police aux frontières en mai 2022, n'apporte aucun élément attestant d'un quelconque lien personnel et familial en France ainsi que de son intégration professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.(/p)

(p)8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. (/p)

(p)Sur la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire : (/p)

(p)9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée cite les articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les circonstances de fait s'opposant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. (/p)

(p)10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".(/p)

(p)11. Il ressort de la décision attaquée que sont mentionnées les raisons pour lesquelles il existe un risque que le requérant se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français et dès lors les raisons pour lesquelles il ne peut lui être donné un délai de départ volontaire dont le fait qu'il a contrefait un titre de séjour ou a fait usage d'un tel titre. A cet égard, il est également constant que le requérant a falsifié la date d'expiration de son récépissé de demande de carte de séjour expirant le 23 février 2022, ce qui a motivé la mesure de non-admission sur le territoire français le 23 mai 2022. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et de l'erreur manifeste commise par le préfet doivent être écartés. (/p)

(p)12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire doivent être rejetées. (/p)

(p)Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi : (/p)

(p)13. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, la décision attaquée n'est pas illégale par voie de conséquence. (/p)

(p)14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées. (/p)

(p)Sur la légalité de l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français : (/p)

(p)15. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué qu'il comporte la mention des articles L. 612-6 et suivants et les considérations de fait qui fondent la décision du préfet. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. (/p)

(p)16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".(/p)

(p)17. Au cas d'espèce, il résulte de ce qui a été indiqué précédemment qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé au requérant. Dès lors, celui-ci ne peut utilement faire valoir que l'arrêté attaqué mentionne comme date d'entrée sur le territoire français le 23 mai 2022, alors qu'il n'est pas contesté qu'il est présent sur le territoire français depuis 2017 soit depuis plus de 5 ans à la date de la décision attaquée. Dès lors, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation commises par le préfet doivent être écartés. (/p)

(p)18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées. (/p)

(p)19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre les deux arrêtés attaqués doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées, de même que ses conclusions sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. (/p)

(p)D E C I D E :(/p)

(p)Article 1er : La requête de M. A est rejetée. (/p)

(p)Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de police et au préfet de Charente-Maritime. (/p)

(p)Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :(/p)

(p)- Mme Gosselin, président,(/p)

(p)- Mme Vincent, première conseillère, (/p)

(p)- Mme Geismar, première conseillère.(/p)

(p)Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.(/p)

(p)La rapporteure,(/p)

(p)Signé(/p)

(p)L. Vincent(/p)

(p)Le président,(/p)

(p)Signé(/p)

(p)C. GosselinLa greffière,(/p)

(p)Signé(/p)

(p)S. Burel(/p)

(p)La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.(/p)

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