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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204336

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204336

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Perez
Avocat requérantSELARL FRANCK COHEN AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juin 2022 et le 20 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions successives de retraits de points relatives aux infractions du 15 janvier 2020 à 15h45, du 15 janvier 2020 à 15h46, du 29 novembre 2020 et du 14 mai 2021, ainsi que la décision " 48 SI " du 14 décembre 2021 invalidant son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le permis de conduire invalidé en reconstituant le capital de points suite à l'annulation des décisions de retrait de points précitées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points de son permis n'ont pas fait l'objet d'une information préalable du contrevenant ;

- la réalité matérielle des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 avril 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Perez pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Perez, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis les 15 janvier 2020 à 15h45 puis à 15h46, 29 novembre 2020 et 14 mai 2021 différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plusieurs points affectés à son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " datée du 14 décembre 2021, le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retraits de points, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision ainsi que des décisions de retrait de points mentionnées dans cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

3. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une requête en exonération, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral de l'intéressé, que les infractions du 15 janvier 2020 à 15h45 puis 15h46 ont donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée établissant ainsi, en application des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité de ces infractions. De plus, si les infractions du 29 novembre 2020 et du 14 mai 2021 ont également donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée, M. B indique avoir transmis, le 18 mars 2022, une réclamation pour chacune de ces deux infractions. S'il produit la copie de ces réclamations, ces seules pièces sont toutefois insuffisantes à établir que ses réclamations auraient été réceptionnées et regardées comme recevables par l'officier du ministère public et entraineraient, par suite, l'annulation des titres exécutoires. En l'état de l'instruction, la réalité de ces deux infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

5. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant des infractions commises le 15 janvier 2020 à 15h45 puis à 15h46 :

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. Il résulte de l'instruction que les infractions du 15 janvier 2020 commises à 15h45 puis à 15h46 ont donné lieu à l'établissement de procès-verbaux de contravention, signés par M. B. Ces documents mentionnent la nature de l'infraction constatée, énonce que l'intéressé reconnaît avoir été informé de l'existence d'un traitement automatisé des retraits de points, de la possibilité d'accéder aux informations le concernant, des dispositions de l'article L. 223-2 du code de la route et que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été destinataire des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant des infractions du 29 novembre 2020 et du 14 mai 2021 : :

8. S'agissant des infractions du 29 novembre 2020 et du 14 mai 2021, il est constant que le procès-verbal électronique produit par le ministre pour chacune d'entre elle n'est pas signé du requérant. Ces infractions ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, dont le paiement n'est par ailleurs pas établi. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré quatre points du capital de son permis de conduire, à la suite de l'infraction du 29 novembre 2020 et a retiré quatre points à la suite de l'infraction commise le 14 mai 2021 sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu seulement d'annuler la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise par M. B le 29 novembre 2020 et la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise le 14 mai 2021. En revanche, les décisions de retrait de points liées aux infractions du 15 janvier 2020 commises à 15h45 puis à 15h46 doivent être maintenues.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " :

10. Il résulte de ce qui précède que la décision " 48 SI " du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B fait état de deux décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. Or aux termes des dispositions du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. En l'espèce, du fait de l'annulation de ces décisions, le solde de points du permis de M. B était positif à la date de la décision " 48 SI ". Ainsi cette décision, en tant qu'elle invalide le permis litigieux, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Si l'annulation contentieuse d'une décision d'invalidation du permis de conduire, à la suite de l'annulation d'une ou plusieurs décisions de retrait de points prises antérieurement, implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à M. B le bénéfice des huit points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation du requérant dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction constatée le 29 novembre 2020 et la décision de retrait de quatre points consécutive à l'infraction commise le 14 mai 2021 sont annulées.

Article 2 : La décision référencée " 48 SI " du ministre de l'intérieur du 14 décembre 2021 invalidant le permis de conduire de M. B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1 et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. B pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L Perez

La greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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