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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204360

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204360

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSIDI-AISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juin 2022, Mme B C, représentée par Me Sidi-Aissa, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 19 juillet 2021 par lesquelles le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 2 mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, en la munissant, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- le caractère régulier de l'avis du collège des médecins de l'office français d'immigration et d'intégration (OFII), qui n'est pas produit, n'est pas démontré ;

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors que le préfet s'est uniquement fondé sur l'avis du collège des médecins sans porter aucune appréciation sur sa situation médicale ;

- elle méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'absence de soins est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'offre de soins est quasi inexistante en République démocratique du Congo ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant l'admission au séjour ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 10 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de République démocratique du Congo, née le 7 novembre 1970, a sollicité le 26 juillet 2018 son admission au séjour pour soins. Par un jugement du 9 octobre 2020, le tribunal administratif de Versailles a annulé l'arrêté du 17 juin 2019 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français et a enjoint au réexamen de celle-ci dans un délai de 3 mois. Par un nouvel arrêté en date du 19 juillet 2021, le préfet des Yvelines a refusé l'admission au séjour de Mme C et l'a obligée à quitter le territoire français. Par la présente requête, cette dernière demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en raison de son état de santé de se prononcer au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). A défaut de production par le préfet des Yvelines de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 6 mai 2021 visé dans l'arrêté contesté, il n'est pas possible de vérifier que cet avis a été émis dans les conditions définies par les dispositions citées au point précédent. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme C, qui doit être regardée comme ayant été privée d'une garantie lors de la procédure d'examen de sa demande de titre de séjour, est fondée à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. L'exécution du présent jugement, eu égard au motif d'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines, et en l'absence d'autre moyen invoqué propre à justifier en l'état du dossier la délivrance d'un titre de séjour à Mme C, n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de délivrer un tel titre à l'intéressée. Il y a lieu, en revanche, ainsi que le demande la requérante à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 19 juillet 2021 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C et lui a fait obligation de quitter le territoire français est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Sidi-Aissa et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Fejérdy, première conseillère,

Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

J. A

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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