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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204418

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204418

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2022, M. A C D, représenté par Me Lebon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " en le munissant, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé, en particulier concernant les éléments de sa situation familiale, celui-ci ne faisant pas état de son implication auprès du fils de sa compagne ;

- il est entaché d'inexactitudes matérielles, d'abord concernant l'orthographe de son nom, ensuite concernant les éléments de sa situation professionnelle dès lors qu'il ne dispose pas seulement d'une promesse d'embauche mais est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis 2020 ; il a en outre fourni le formulaire de demande d'autorisation de travail renseigné par son employeur ; enfin, l'arrêté indique à tort qu'il ne justifie pas de sa présence en France en 2018 et 2019 ;

- il ne mentionne pas le pays de destination, en méconnaissance de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne mentionne pas la juridiction compétente pour connaître du recours contentieux formé à son encontre ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-tunisien dès lors qu'il dispose notamment d'un contrat de travail sur la base duquel une demande d'autorisation de travail a été présentée auprès des autorités françaises compétentes ;

- il méconnaît également les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et procède d'erreurs d'appréciations tant du point de vue de sa situation professionnelle que de sa situation familiale ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'a pas été pris en considération de l'intérêt de l'enfant de sa compagne et contrevient ainsi aux stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 20 novembre 1989.

L'instruction a été close au 13 juillet 2022.

Le préfet de l'Essonne a présenté un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction. Celui-ci n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C D, ressortissant tunisien né le 30 août 1993, déclare être entré en France le 2 mai 2018. Il a présenté, le 7 février 2022, une demande tendant au bénéfice d'un titre de séjour " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 mai 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé. M. C D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

2. Si le requérant fait valoir, à juste titre, que son nom est inexactement orthographié dans l'arrêté, celui-ci se référant à M. C D, au lieu de M. C D, cette inexactitude matérielle constitue une erreur de plume, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

3. En revanche, l'arrêté mentionne, d'une part, que M. C D aurait produit, à l'appui de sa demande, une " promesse d'embauche pour le métier d'employé administratif " et lui oppose que le " seul fait de disposer d'une promesse d'embauche et de bulletins de salaire ne saurait constituer à lui seul un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte toutefois des indications de M. C D, non contredites en défense, que celui-ci a produit, à l'appui de sa demande de titre de séjour, outre les bulletins de salaire établis à son nom par l'entreprise qui l'emploie, sous contrat à durée indéterminée, depuis le 28 janvier 2020, le formulaire de demande d'autorisation de travail renseigné par son employeur, ainsi que l'ensemble des pièces composant le " pack employeur ". Dès lors, le requérant est fondé à soutenir qu'en tant qu'il lui oppose la production d'une simple promesse d'embauche, l'arrêté est entaché d'une inexactitude matérielle.

4. L'arrêté mentionne, d'autre part, que M. C D n'apporte aucune preuve de sa présence en France pour les années 2018 et 2019. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du document intitulé " annexe 2 : ancienneté de travail en France " joint à la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. C D que celui-ci a produit des bulletins de salaire au titre des mois de novembre et décembre 2018, ainsi que pour les mois de janvier à juin 2019. L'authenticité de ces pièces n'est pas mise en cause par le préfet. Dès lors, M. C D a justifié, auprès des services de la préfecture, de sa présence en France au cours des années 2018 et 2019, à tout le moins sur une partie de cette période. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'inexactitude matérielle en tant qu'il relève l'absence de preuve de sa présence en France pour les années 2018 et 2019.

5. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 du présent jugement, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C D est fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, ainsi, par voie de conséquence, que des décisions par lesquelles le préfet de l'Essonne l'a concomitamment obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à M. C D. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé, ce, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente de ce réexamen, de munir M. C D d'une autorisation provisoire de séjour.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté la demande de titre de séjour de M. C D, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation de M. C D dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente de ce réexamen, de munir M. C D d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C D et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Amar-Cid, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. B

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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