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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204430

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204430

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Benoit
Avocat requérantALAGAPIN-GRAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022, M. A C, représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite, acquise le 12 mars 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours gracieux qu'il a formé le 12 janvier 2022, ainsi que la décision implicite acquise à la date du 16 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de lui communiquer les motifs de sa décision du 12 mars 2022 ;

2°) d'annuler la décision de retrait de points correspondant à l'infraction du 31 janvier 2020 et la décision " 48 SI " ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer sans délai les points illégalement retirés, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui communiquer la décision " 48 SI " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet de son recours gracieux, acquise à la date du 12 mars 2022, n'est pas motivée ; il a demandé communication de ses motifs ;

- elle est entachée d'erreur de droit, au regard des dispositions des articles L. 223-1 et R. 223-2 du code de la route, dès lors que le titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction commise le 31 janvier 2020 a été annulé ;

- la décision de retrait de points correspondant à l'infraction du 31 janvier 2020 méconnaît les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision " 48 SI " est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de retrait de points ;

- la décision " 48 SI " est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points correspondant à l'infraction commise le 31 janvier 2020, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- le relevé d'information intégral du permis de conduire de M. C ne mentionne aucune infraction du 31 janvier 2020 ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont, en tout état de cause, pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite, acquise le 16 avril 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté la demande de communication des motifs de la décision implicite rejetant le recours gracieux formé le 12 janvier 2022, dès lors que le silence gardé par l'administration sur une telle demande n'a pas eu pour effet de faire naître une nouvelle décision, détachable de la première et pouvant faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Par une ordonnance du 24 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 janvier 2023 à 12 heures.

M. C a présenté des observations, enregistrées le 3 avril 2022, en réponse à la communication des moyens susceptibles d'être relevés d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Benoit, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a commis une infraction le 31 janvier 2020. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision de retrait de points correspondant à cette infraction, la décision " 48 SI " prise à son encontre, ainsi que les décisions implicites des 12 mars et 16 avril 2022 par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, respectivement, rejeté le recours gracieux qu'il a formé le 12 janvier 2022 et la demande de communication des motifs de la décision du 12 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 16 avril 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Le silence gardé par l'administration sur la demande de communication des motifs d'une telle décision implicite de rejet n'a pas pour effet de faire naître une nouvelle décision, détachable de la première et pouvant faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, mais permet seulement à l'intéressé de se pourvoir sans condition de délai contre la décision implicite initiale qui, en l'absence de communication de ses motifs, se trouve entachée d'illégalité.

3. Par une lettre reçue le 12 janvier 2022, M. C a formé un recours gracieux sollicitant le retrait d'une décision " 48 SI " et la restitution de points sur son permis de conduire correspondant à une infraction commise le 31 janvier 2020. Ce recours a été implicitement rejeté le 12 mars 2022. Si, par une lettre reçue le 16 mars 2022, le requérant a sollicité la communication des motifs de la décision du 12 mars 2022, le silence gardé sur cette demande par le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a fait pas naître une nouvelle décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 avril 2022 doivent, par suite, être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne la décision de retrait de points, la décision " 48 SI " et la décision implicite de rejet du recours gracieux acquise à la date du 12 mars 2022 :

4. Le bordereau de situation édité le 8 décembre 2021 mentionne l'existence d'une infraction commise le 31 janvier 2020 ayant donné lieu à un retrait de points. Il résulte toutefois du relevé d'information intégral édité le 22 novembre 2022 qu'aucune mention relative à cette infraction n'y figure, pas plus qu'une décision " 48 SI " prise sur le fondement des dispositions du 3ème alinéa du III de l'article R. 223-3 du code de la route en raison de cette infraction. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne soutient pas que cette dernière décision n'a jamais été édictée. Il résulte également de ce relevé d'information intégral que le permis de conduire du requérant est valide et affecté d'un capital de 12 points. Dans ces conditions, tant la décision de retrait de points que la décision " 48 SI " doivent être regardées comme ayant, implicitement mais nécessairement, été retirées. Les conclusions à fin d'annulation de ces décisions, et de la décision implicite du 12 mars 2022 rejetant le recours gracieux de M. C, ayant perdu leur objet en cours d'instance, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C sont devenues sans objet. Elles doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de points correspondant à l'infraction du 31 janvier 2020, de la décision " 48 SI ", et de la décision du 12 mars 2022 rejetant le recours gracieux formé par M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. B

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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