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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204453

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204453

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTOURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, M. D E, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.

Il soutient :

- qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il est recherché par les autorités de la Ligue Awami ;

- qu'il a développé des liens en France et bénéficie d'une intégration professionnelle ;

- qu'il souhaite déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour.

Le préfet de l'Essonne a produit un mémoire en défense, le 5 juillet 2022, dans lequel il conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 juillet 2022, en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Toure, avocat désigné d'office, représentant M. A, assisté de Mme C, interprète en langue bengali, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens;

- les observations de M. A ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E ressortissant bangladais né le 11 mai 1987 à Sylhet, a sollicité le 29 mai 2017 la reconnaissance du statut de réfugié. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 29 janvier 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 4 février 2022. Par l'arrêté du 23 mai 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.

2. En premier lieu, M. A ne peut pas utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, lesquelles ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour et alors qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un tel titre.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

4. M. A se prévaut de la durée de son séjour en France et d'une activité professionnelle depuis cinq années. Il ressort des pièces produites lors de l'audience, notamment des bulletins de paye délivrés par une entreprise de restauration, qu'il a travaillé de manière continue depuis janvier 2018, d'abord en qualité d'employé de boulangerie, puis en qualité de cuisinier dans un restaurant. Toutefois, si ces éléments démontrent une volonté d'insertion par le travail du requérant, ils ne suffisent pas, à eux seuls, à établir l'intensité et la stabilité des liens personnels et familiaux que M. A, célibataire et sans charge de famille, entretient en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. A soutient, pour demander l'annulation de l'arrêté attaqué, qu'il craint être exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des persécutions ou à une atteinte grave de la part des membres de la Ligue Awami. Toutefois, et alors même que ce moyen ne serait, en tout état de cause, opérant qu'à l'encontre de la décision fixant son pays de destination, l'intéressé, dont la demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile par des décisions des 29 janvier 2020 et 4 février 2022, ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d'autres faits que ceux déjà allégués devant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile et de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle un retour au Bangladesh. Ainsi, il ne démontre pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. Par suite, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 23 mai 2022 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

C. BLe greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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