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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204457

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204457

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 30 avril 2021 par lesquelles le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et lui a octroyé un délai de départ volontaire de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 250 euros hors taxe au bénéfice de son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'irrégularités au regard des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, liées à l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et du rapport médical sur lequel il est supposé être fondé dès lors qu'il est en conséquence impossible de vérifier que cet avis a été émis au vu d'un tel rapport, qu'il comporte toutes les mentions prévues par l'arrêté du 27 décembre 2016 et que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège ; il n'est pas davantage établi que l'avis a été rendu à la suite d'une délibération collégiale ni que les médecins ayant siégé au sein du collège ont été régulièrement désignés ;

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle souffre d'un diabète de type 2 et d'affections chroniques associées pour lesquels elle suit un traitement qui n'est pas disponible au Sénégal ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît le 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 13 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissant sénégalaise, née le 16 juin 1968, est entrée en France le 10 janvier 2020, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a sollicité, le 12 novembre 2020, la délivrance d'un titre de séjour pour soins. Elle demande au tribunal l'annulation des décisions du 30 avril 2021 par lesquelles le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et lui a octroyé un délai de départ volontaire de 30 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° À l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article R. 313-22 du même code : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 313-23 de ce code : " () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

3. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. / () ".

4. Il résulte des dispositions citées aux points 2 et 3 qu'il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en raison de son état de santé de se prononcer au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Au nombre des éléments de procédure que doit mentionner l'avis rendu par le collège de médecins, et qui doit être signé par chacun d'entre eux, doivent figurer notamment, ainsi qu'il résulte du modèle d'avis figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016, l'indication que l'étranger a été, ou non, convoqué par le médecin ou par le collège, celle que des examens complémentaires ont été, ou non, demandés et celle que l'étranger a été conduit, ou non, à justifier de son identité.

5. A défaut de production par le préfet des Yvelines de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 1er mars 2021 visé dans l'arrêté contesté, il n'est établi ni que cet avis aurait bien été émis, ni que ses mentions respecteraient les conditions prévues par les dispositions applicables rappelées au point précédent, dont la requérante invoque la violation. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, Mme B, qui doit être regardée comme ayant été privée d'une garantie lors de la procédure d'examen de sa demande de titre de séjour en application du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est fondée à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et lui accordant un délai de départ volontaire de 30 jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement, eu égard au motif d'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines, et en l'absence d'autre moyen invoqué propre à justifier en l'état du dossier la délivrance d'un titre de séjour à Mme B, n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de délivrer un tel titre à l'intéressée. Il y a lieu, en revanche, ainsi que le demande la requérante à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 avril 2022. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me Rochiccioli, avocat de Mme B, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Rochiccioli.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 30 avril 2021 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a accordé dans un délai de départ volontaire de 30 jours est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Me Rochiccioli, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Rochiccioli et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Fejérdy, première conseillère,

Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

J. C

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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