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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204537

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204537

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET MICHELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 7 juin 2022 sous le n° 2204537 et cinq mémoires, enregistrés les 9 juillet, 4 août, 22 août, 7 décembre et 11 décembre 2023, M. C A, représenté par Me Baloup, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 16 février 2022 de la commission juridique et disciplinaire d'appel de la Fédération française d'équitation (FFE) suspendant sa licence compétition pour une durée de cinq ans dont deux ans de sursis, avec publication nominative de la décision ;

2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer jusqu'à l'issue de la procédure pénale ;

3°) de mettre à la charge de la FFE le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le principe du contradictoire a été méconnu ;

- la décision en litige méconnait le principe de la présomption d'innocence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, la sanction étant disproportionnée.

Par cinq mémoires en défense, enregistrés les 3 juillet, 28 juillet, 10 août, 1er décembre et 14 décembre 2023, la Fédération française d'équitation, représentée par Me Bertrand, conclut :

1°) à titre principal, au renvoi de la requête au tribunal administratif d'Orléans ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;

3°) à la mise à la charge de M. A du versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête relève de la compétence territoriale du tribunal administratif d'Orléans en application des dispositions de l'article R. 312-1 du code de justice administrative ;

- les moyens ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 29 mars 2023 sous le n° 2302515 et trois mémoires, enregistrés les 6 et 24 octobre 2023 et 23 mars 2024, M. C A, représenté par Me Baloup, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 février 2023 par laquelle le préfet des Yvelines lui a interdit définitivement d'exercer les fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-2 et L. 322-7 du code du sport ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnées à l'article L. 322-1 du code du sport ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 4 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les droit de la défense, en particulier le principe du contradictoire, ont été méconnus ;

- la décision méconnait le principe de la présomption d'innocence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- cette mesure prise au visa de l'article L. 212-13 du code du sport porte atteinte à la liberté du travail.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 21 septembre et 23 octobre 2023 et 23 avril 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de M. Chavet, rapporteur public,

- les observations de Me Baloup, représentant M. A ;

- les observations de Me Bernard, représentant la FFE ;

- et les observations de Mme B, représentant le préfet des Yvelines.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, cavalier professionnel, directeur technique de l'écurie Tendercapital Stables, entraineur de chevaux et moniteur d'équitation, a entretenu une relation avec une jeune cavalière de seize ans qu'il avait recrutée pour travailler dans ses écuries et qu'il entrainait. Les parents de la jeune fille ont informé les instances de la Fédération française d'équitation (FFE) de ces faits, et des plaintes ont été déposées à l'encontre de M. A, notamment pour harcèlement et atteinte sexuelle sur mineure de plus de quinze ans par personne ayant eu autorité sur elle. Des faits similaires à l'égard d'au moins une autre employée entrainée par M. A ont par la suite été révélés et ont donné lieu à de nouvelles plaintes.

2. La FFE a décidé de saisir la commission juridique et disciplinaire de première instance qui, par une décision du 8 novembre 2021, a décidé de suspendre la licence compétition de M. A pour une durée de cinq ans, dont trois ans de sursis. Par un courrier du 9 décembre 2021, l'intéressé a interjeté appel de cette décision.

3. M. A a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire par un juge d'instruction le 14 janvier 2022, lui interdisant notamment d'entrer en contact avec la victime présumée ou sa famille et d'exercer une activité de coach sportif/entraineur de chevaux auprès de mineurs.

4. Par une décision du 16 février 2022, la commission juridique et disciplinaire d'appel de la FFE a confirmé la décision de première instance à l'exception de la durée du sursis qu'elle a réduit à deux ans, et a décidé de la publication de la décision. L'intéressé a saisi, par un courriel du 10 mars 2022, la conférence des conciliateurs du comité national olympique et sportif français (CNOSF) d'une contestation de cette décision. Le conciliateur désigné a proposé de s'en tenir à la décision du 16 février 2022 s'agissant de la sanction et de rapporter cette décision s'agissant de la publication nominative de cette décision. M. A a formé opposition à cette proposition.

5. Parallèlement, et à la suite d'un signalement effectué le 29 avril 2021 par la FFE auprès de la cellule nationale de lutte contre les violences sexuelles du ministère chargé des sports, le préfet des Yvelines a diligenté une enquête administrative et a fait un signalement dans le cadre de l'article 40 du code de procédure pénale auprès du procureur de la République. Par un arrêté du 28 février 2022, le préfet des Yvelines a interdit à M. A d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pour une durée de six mois. Le rapport d'enquête administrative a été déposé le 4 novembre 2022. Par un arrêté du 27 février 2023, le préfet des Yvelines a interdit définitivement à M. A d'exercer les fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-2 et L. 322-7 du code du sport ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnées à l'article L. 322-1 du code du sport. Le référé-liberté de M. A contre cette décision a été rejeté par une ordonnance n° 2302308 du 23 mars 2023. En revanche, par une ordonnance n° 2302517 du 20 avril 2023, le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté du 27 février 2023.

6. Par les présentes requêtes, M. A demande l'annulation des décisions du 16 février 2022 de la commission juridique et disciplinaire d'appel de la FFE et du 27 février 2023 du préfet des Yvelines.

7. Les requêtes n° 2204537 et 2302515 ont été introduites par le même requérant et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'exception d'incompétence territoriale opposée par la FFE :

8. Aux termes de l'article R. 312-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement () le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 312-8 du même code : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions. ". Enfin, l'article R. 342-1 dispose : " Le tribunal administratif saisi d'une demande relevant de sa compétence territoriale est également compétent pour connaître d'une demande connexe à la précédente et relevant normalement de la compétence territoriale d'un autre tribunal administratif. ".

9. Les conclusions à fin d'annulation de la décision de sanction prononcée le 16 février 2022 par la commission juridique et disciplinaire d'appel de la FFE, dont le siège est à Lamotte Beuvron dans le département du Loir-et-Cher, relèvent en principe de la compétence territoriale du tribunal administratif d'Orléans en application des dispositions précitées. Toutefois, les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision du préfet des Yvelines du 27 février 2023, qui relèvent de la compétence du tribunal administratif de Versailles en application des dispositions de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, présentent avec celles-ci un lien de connexité suffisant pour justifier un examen et un jugement commun dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice. Par suite, l'exception d'incompétence territoriale opposée par la FFE doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 février 2022 de la commission juridique et disciplinaire d'appel :

10. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas pu assister à l'audition de certains témoins afin de se conformer aux obligations résultant du contrôle judiciaire dont il faisait l'objet, mais que son conseil, en revanche, y a assisté. Si ce dernier n'a pas été autorisé à interpeller les témoins ni prendre la parole au cours de ces auditions, il pouvait à tout moment de la procédure, et notamment après l'audition des témoins cités, demander à présenter des observations orales, comme le prévoit le règlement disciplinaire général de la FFE. M. A a, dès lors, été mis à même de discuter d'éventuels éléments nouveaux qui auraient été exposés. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne lui donnait par ailleurs la faculté d'interroger directement ces derniers témoins. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le principe du contradictoire a été méconnu. M. A ne peut, à ce titre, utilement invoquer la méconnaissance des stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, selon lesquelles " Tout accusé a droit, notamment, à interroger ou faire interroger les témoins à charge ", qui ne sont applicables qu'en matière pénale. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En deuxième lieu, la procédure disciplinaire est indépendante de la procédure pénale. Par suite, y compris dans l'hypothèse où c'est à raison des mêmes faits que sont engagées parallèlement les deux procédures, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire ne méconnaît pas le principe de la présomption d'innocence en prononçant une sanction sans attendre que les juridictions répressives aient définitivement statué. En l'espèce, dès lors que les instances disciplinaires ont estimé que les éléments dont elles disposaient permettaient suffisamment de caractériser les manquements reprochés, c'est sans méconnaitre le principe de la présomption d'innocence qu'elles se sont prononcées sur la situation de M. A. Le moyen doit, par suite, être écarté.

12. En dernier lieu, le titre 2 de la charte d'éthique et de déontologie de l'équitation prévoit, notamment, que les éducateurs sportifs doivent " Etre exemplaires en toutes circonstances pour favoriser l'exemplarité des pratiquants ", ce qui implique d'" Avoir conscience de la responsabilité liée à son statut d'enseignant ", de " Maitriser ses relations avec les cavaliers et n'utiliser sa position de modèle qu'à des fins pédagogiques ", ainsi que d'" Adopter un comportement irréprochable, rester maître de soi et mesuré dans ses propos et dans ses actes à l'égard de tous les publics ". Aux termes de l'article 1-6 du règlement des compétitions de la FFE : " Toute personne concernée par le présent règlement est dépositaire des valeurs dont l'équitation est porteuse, et responsable, collectivement ou individuellement, de leur défense. / Tout comportement portant atteinte à l'éthique sportive est prohibé et pourra faire l'objet de sanction, cela vise notamment : () Tout manquement à la charte d'éthique et de déontologie de la FFE () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A a eu une relation avec une jeune salariée âgée de seize ans qu'il avait recrutée et qu'il entrainait quotidiennement. Si celle-ci a déclaré que cette relation était consentie, ladite relation peut néanmoins être regardée, eu égard à la qualité d'entraineur et d'éducateur sportif de M. A, vis-à-vis d'une pratiquante mineure sur laquelle il avait autorité et à l'égard de laquelle il devait faire preuve d'exemplarité et de retenue, comme un manquement à ses obligations, et notamment celles résultant de la charte d'éthique et de déontologie ainsi que celles de l'article 1-6 du règlement des compétitions de la FFE. Il ressort, en outre, des pièces produites qu'après la fin de cette relation, le requérant a continué de tenter, à de très nombreuses reprises, d'entrer en contact avec cette jeune fille, a eu plusieurs altercations notamment lors d'un concours équestre à Canteleu et a adopté à l'égard de sa famille et de ses proches un comportement susceptible d'être qualifié de harcèlement, faits également constitutifs de manquements aux obligations précitées. Plusieurs plaintes ont été déposées à ce titre, ainsi que par une autre salariée que M. A avait entrainée, ayant conduit à une mise en examen le 14 janvier 2022, notamment pour atteinte sexuelle sur mineure de plus de quinze ans par une personne ayant autorité et harcèlement moral. Il ressort, en outre, des déclarations de M. A que sa relation était connue de " tout le milieu fédéral ", et les faits reprochés ont fait l'objet de nombreuses publications dans la presse et sur les réseaux sociaux, compte tenu de la notoriété de l'intéressé. Dans ces conditions, eu égard à la gravité des faits, à leur caractère réitéré et à l'atteinte portée à l'image de la FFE, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission juridique et disciplinaire d'appel a pris à l'encontre de M. A la sanction de la suspension de sa licence compétition pour une durée de cinq ans dont deux ans de sursis, qui n'est pas, dès lors, disproportionnée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 février 2023 du préfet des Yvelines :

14. Aux termes de l'article L. 212-13 du code du sport : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées aux articles L. 212-1, L. 223-1 ou L. 322-7 ou d'intervenir auprès de mineurs au sein des établissements d'activités physiques et sportives mentionnés à l'article L. 322-1 () Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'Etat, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois () ".

15. Il résulte de ces dispositions que, pour assurer la protection des pratiquants d'une activité physique ou sportive, l'autorité administrative peut interdire à une personne d'exercer une activité d'enseignement, d'animation ou d'encadrement d'une telle activité, une mission arbitrale, une activité de surveillance de baignade ou piscine ouverte au public, ou d'exploiter un établissement dans lequel sont pratiquées des activités physiques ou sportives, lorsque son maintien en activité " constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants ". Le législateur a ainsi défini les conditions d'application de cette mesure de police, que l'autorité compétente est tenue, même en l'absence de disposition explicite en ce sens, d'abroger à la demande de l'intéressé si les circonstances qui ont pu motiver légalement son intervention ont disparu et qu'il est établi qu'il n'existe plus aucun risque pour les pratiquants.

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ".

17. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui avait déjà fait l'objet d'une mesure d'interdiction temporaire d'une durée de six mois prise en urgence le 18 février 2022 à la suite des faits signalés par la FFE et susceptibles de qualifications pénales, a été entendu dans le cadre de l'enquête administrative lors d'un entretien le 12 juillet 2022, au cours duquel il a été mis en mesure de présenter des observations sur les faits reprochés qui lui ont été exposés, et n'ignorait donc pas qu'une telle enquête était en cours ainsi que l'indique son avocat dans le courrier du même jour. Il a également été informé par un courrier du 28 décembre 2022 que son dossier allait être présenté devant la formation spécialisée du conseil départemental de la jeunesse, des sports et de la vie associative le 1er février 2023, appelée à émettre un avis sur sa situation. Ce courrier précise qu'il peut y être entendu, assisté et représenté par un conseil, qu'il peut y faire entendre des témoins et qu'il a la possibilité de consulter son dossier, ce que son conseil a fait le 31 janvier 2023 sans émettre aucune réserve. Si M. A soutient que son dossier ne contenait pas le rapport d'enquête administrative ni l'audition de la seconde plaignante, cette circonstance, à la supposer établie, est en tout état de cause sans influence sur la régularité de la procédure, dès lors que les dispositions précitées n'exigent pas que l'intéressé ait la possibilité de consulter son dossier administratif. M. A ne peut à ce titre utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, uniquement applicables aux mesures présentant le caractère d'une sanction. Il a ainsi bénéficié d'une procédure contradictoire préalable au cours de laquelle il a pu utilement présenter ses observations avec l'assistance de son conseil avant l'édiction de la mesure en litige. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a pris sa décision du 27 février 2023 à l'issue d'une procédure irrégulière. Le moyen doit donc être écarté.

18. En deuxième lieu, les mesures d'interdiction prises sur le fondement de l'article L. 212-13 du code du sport, qui tendent à assurer le respect de l'ordre public et répondent à la nécessité de prévenir des risques pour la santé et la sécurité des personnes, ne constituent pas une sanction ayant le caractère de punition mais des mesures de police administrative. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des droits de la défense ou du principe de la présomption d'innocence.

19. En troisième lieu, les faits exposés au point 13, contraires à l'éthique professionnelle, révèlent chez leur auteur un positionnement professionnel peu compatible avec les nécessaires qualités de discernement et de distance que requiert le rôle d'éducateur ainsi qu'une attitude susceptible de compromettre l'équilibre psychologique des jeunes sportifs qu'il était chargé d'encadrer, que ceux-ci soient mineurs ou majeurs. Il ressort en outre des pièces du dossier, en particulier des comptes-rendus des auditions réalisées dans le cadre de l'enquête administrative diligentée et des déclarations concordantes et circonstanciées des victimes, que M. A a adopté à l'égard d'une pratiquante mineure de seize ans ainsi qu'à l'égard d'une autre salariée, qu'il avait recrutée alors qu'elle était âgée de dix-neuf ans et qu'il entrainait également, un comportement pouvant être qualifié de harcèlement moral et sexuel, qu'il a exercé à plusieurs reprises un chantage pour obtenir des faveurs sexuelles et qu'il avait mis en place un système de sanctions de nature sexuelles humiliantes lorsqu'elles n'obtenaient pas de bons résultats. Cette salariée fait également état de menaces de mort, d'agressions sexuelles et d'un viol, faits pour lesquels elle a déposé une main courante puis une plainte à la fin de l'année 2021 et au titre desquels il a été mis en examen et, s'agissant du viol, placé sous le statut de témoin assisté. Si M. A soutient que le réquisitoire définitif relatif aux faits allégués par cette seconde plaignante n'a requis son renvoi devant le tribunal correctionnel que pour les faits de menaces de mort, d'une part, il se borne à retranscrire un extrait de ce réquisitoire portant sur les seuls faits pour lesquels il a été mis en examen sans aucune mention notamment des faits de viol pour lesquels il a été placé sous le statut de témoin assisté et, d'autre part, les dispositions précitées soumettent l'édiction d'une mesure d'interdiction d'exercer, laquelle constitue une mesure de police administrative, à la seule circonstance que la participation de l'intéressé aux activités concernées présente des risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des participants, indépendamment de l'exercice de toute poursuite pénale. Enfin, s'il est soutenu par M. A que le dossier de l'instruction pénale contient tous les éléments matériels rapportant la preuve du caractère mensonger de l'audition de cette seconde plaignante, il n'a fait état à aucun moment d'éléments ou de pièces qu'il aurait été empêché de produire par obligation de respecter le secret de l'instruction lequel, au demeurant, n'est opposable, aux termes de l'article 11 du code de procédure pénale, qu'aux personnes qui concourent à la procédure et non, par conséquent, à la personne mise en examen ou placée sous le statut de témoin assisté. Dans ces conditions, les faits reprochés, eu égard à leur particulière gravité et à leur caractère réitéré pendant plusieurs années, justifiaient l'édiction de la mesure prise sur le fondement des dispositions précitées, afin de préserver la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants, qui n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation. Le moyen doit être écarté.

20. En dernier lieu, les dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport, dont la légalité ne saurait être contestée devant le juge administratif en dehors de la procédure prévue à l'article 61-1 de la Constitution, permettent à l'autorité administrative de restreindre la liberté du travail pour assurer la protection des pratiquants d'une activité sportive. Ainsi, dès lors que le préfet a pris la décision en litige sans l'entacher d'erreur d'appréciation, le requérant ne peut utilement soutenir que cette décision porte une atteinte disproportionnée à la liberté du travail.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu de surseoir à statuer jusqu'à l'issue de la procédure pénale.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la FFE et de l'Etat, qui ne sont pas les parties perdantes, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A le versement à la FFE d'une somme de 1 800 euros au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes présentées par M. A sont rejetées.

Article 2 : M. A versera à la Fédération française d'équitation la somme de 1800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la Fédération française d'équitation, et à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines et au comité national olympique et sportif français.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marc, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

E. Marc

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2204537-2302515

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