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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204595

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204595

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 14 juin 2022, le 27 juillet 2022 et le 28 juillet 2022, M. A E, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 mai 2022 par lesquelles le préfet de de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé de le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la date du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) à défaut d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa demande, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est pas motivée ;

-est entachée d'un défaut d'examen de sa situation professionnelle et personnelle ; sa demande aurait dû être examinée au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie, en effet, exercer une activité salariée et d'une réelle insertion professionnelle en France où il a, en outre, noué d'importantes attaches ;

-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle viole, par ailleurs, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle est entachée d'erreur d'appréciation : en effet, c'est à tort que le préfet a estimé que l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs, résidant à Madagascar, serait son retour à Madagascar, alors que c'est uniquement grâce à son activité professionnelle en France qu'il peut subvenir à leurs besoins essentiels.

Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi :

-sont illégales par voie d'exception.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 septembre 2022 à 10h00.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Weinberg, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant malgache né le 26 mars 1984, est entré en France le 3 octobre 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a déposé le 20 janvier 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 mai 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office. M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la légalité externe en ce qui concerne l'ensemble des décisions

2. D'une part, par un arrêté n°2022-PREF-DCPPAT-BCA-028 du 17 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. C B, directeur de l'immigration et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de l'Essonne pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. D'autre part, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité, pour lui faire obligation de quitter le territoire français et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

4. Enfin, il ne ressort pas des termes de cet arrêté que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de M. E.

Sur la légalité interne

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

6. Pour refuser de délivrer à M. E le titre de séjour sollicité, le préfet a estimé que ce dernier ne justifiait d'aucune considération humanitaire ni d'un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées. Il a relevé, d'une part, que M. E disposait d'importantes attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans et où résident son épouse et ses enfants mineurs, et d'autre part que son activité en qualité de chauffeur livreur, exercée en France depuis la fin de l'année 2017 et pour laquelle il justifie disposer d'une promesse d'embauche de la société, ne constituait pas un motif exceptionnel d'admission au séjour. Ainsi, en se fondant à juste titre sur le caractère récent du séjour de M. E en France, sur l'absence de motif exceptionnel et sur l'importance des attaches de l'intéressé dans son pays d'origine, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Si le préfet a estimé, à tort, que le comportement de M. E pouvait constituer une menace pour l'ordre public, au seul motif qu'il a fait l'objet d'un signalement par les services de police des Hauts-de-Seine pour des faits de " conduite sans permis ", il résulte toutefois des termes mêmes de l'arrêté que ce motif présentait un caractère surabondant et que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls motifs tirés de l'absence de circonstances humanitaires ou d'un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En deuxième lieu, M. E ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne constituaient pas le fondement de sa demande. Au surplus, si le requérant se prévaut des liens tissés en France en particulier dans le cadre de son activité professionnelle, il résulte des motifs rappelés aux points 5 et 6 de la présente décision que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à la protection de sa vie privée et familiale au regard des motifs de ce refus. La décision n'a donc pas méconnu, en tout état de cause, les dispositions ainsi invoquées.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été rappelés aux points 5 et 6. de la présente décision, M. E, qui ne conteste pas que son épouse et ses deux enfants mineurs résident à Madagascar mais soutient qu'il subvient à leurs besoins essentiels grâce aux revenus qu'il tire de son activité professionnelle en France, n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi

9. Il résulte ce qui précède que, la décision par laquelle le préfet a refusé de délivrer à M. E un titre de séjour n'étant pas illégale, les décisions par lesquelles il l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ne sont pas dépourvues de base légale, et ne sont pas illégales pour ce motif.

10. Il s'ensuit que les conclusions de M. E tendant à l'annulation des décisions litigieuses ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Delage, président,

Mme Julie Florent, première conseillère,

M. Grégoire Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. D

Le président,

Signé

Ph. DelageLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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