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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204694

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204694

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juin 2022 et le 15 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire posé par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable et complet de sa situation individuelle ;

- la responsabilité du traitement de sa demande d'asile incombe à la France, en l'absence d'arrêté de transfert édicté dans les délais ;

- la décision méconnait l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il dispose d'un droit au maintien dans l'attente d'une décision sur sa demande d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Concernant la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Concernant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. de Miguel pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 juillet 2022, en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de M. de Miguel ;

- les observations de Me Petit substituant Me Berdugo, représentant M. A, non présent, en présence de Mme B, interprète, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre qu'il justifie d'une demande d'asile toujours en cours d'instruction, ce qui relève d'une méconnaissance de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français en 2019, selon ses déclarations, M. C A ressortissant nigérian né le 27 mai 1987 à Edo State, demande l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Et aux termes de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. " Il résulte des dispositions précitées que l'étranger qui demande l'asile a le droit de se maintenir à ce titre sur le territoire national jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile, jusqu'à la date de lecture en audience de la décision de la CNDA ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de sa notification.

2. En l'espèce, pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet de Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que M. A ne rapportait pas la preuve du dépôt de sa demande d'asile invoquée, dont aucune trace ne figure dans les fichiers " Telemofpra ". Toutefois, il ressort des pièces jointes à la requête que M. A justifie avoir obtenu successivement une attestation de demande d'asile en procédure Dublin le 21 janvier 2021, pour un premier enregistrement au guichet unique à cette même date, attestation renouvelée le 22 février 2021. Le préfet de Seine-Saint-Denis, qui n'a produit aucune écriture et n'était pas présent à l'audience, ne justifie pas que la demande d'asile de M. A a fait l'objet d'une décision de rejet qui lui aurait été notifiée régulièrement, ce qui en outre, ne ressort pas des pièces du dossier. Dès lors, le préfet de Seine-Saint-Denis n'établit pas que M. A ne bénéficiait plus, en application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du droit de se maintenir sur le territoire français à la date de la décision attaquée. Ainsi, en prenant l'arrêté litigieux à l'encontre de M. A le préfet de Seine-Saint-Denis a méconnu ces dispositions. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2022 du préfet de Seine-Saint-Denis.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que le préfet territorialement compétent procède au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 juin 2022 du préfet de Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

F-X de MiguelLe greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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