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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204779

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204779

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET HK LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 juin 2022 et le 10 août 2023, la société Ascenza, représentée par la SCP Celice-Texidor-Périer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2022 par laquelle l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail (ANSES) a refusé de lui délivrer l'autorisation de mise sur le marché pour le produit phytopharmaceutique Lutétia et la décision par laquelle l'ANSES a explicitement rejeté le recours gracieux formé le 21 février 2022 contre cette décision ;

2°) de condamner l'ANSES à lui verser une somme de 344 000 euros en réparation des préjudices causés par la décision de refus du 21 janvier 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'ANSES une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- s'étant acquitté d'une taxe fiscale réduite à la suite du premier rejet de sa demande d'autorisation de mise sur le marché du produit Lutétia, le contrôle de l'administration ne pouvait porter que sur le motif de refus précédemment opposé, à savoir la différence des propriétés physico-chimiques ;

- l'ANSES ne pouvait lui opposer un refus en se fondant sur la différence de composition intégrale avec le produit de référence alors qu'elle avait opposé un premier refus fondé uniquement sur la différence des propriétés physico-chimiques ;

- elle a été privée de la possibilité de démontrer que son produit était comparable au produit de référence dès lors qu'elle a été induite en erreur sur le premier motif de refus ;

- la décision de refus étant illégale, elle est fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'ANSES et la réparation du manque à gagner qu'elle a subi et qui peut être évalué à la somme de 344 000 euros

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2023, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail (ANSES), représentée par Me K'Jan, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Ascenza une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle oppose deux fins de non-recevoir tirées de la tardiveté de la requête et de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires dès lors que l'association Audace n'était pas habilitée pour former une demande préalable d'indemnisation pour le compte de la société Ascenza, et fait valoir que les moyens présentés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n°1107/2009 du 21 octobre 2009 ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du 12 avril 2017 fixant le barème de la taxe fiscale affectée perçue par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail relative à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et de leurs adjuvants, des matières fertilisantes et de leurs adjuvants et des supports de culture ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lutz,

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique,

- les observations de Me Périer, représentant la société Ascenza, et de Me Rameau, représentant l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 octobre 2019, la société Ascenza a déposé auprès de l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail (ANSES) une demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l'herbicide Lutétia, dans le cadre de la procédure allégée prévue par l'article 34 du règlement (CE) n°1107/2009 du 21 octobre 2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, la société Ascenza estimant que son produit était similaire au produit de référence Tornado SC bénéficiaire d'une AMM délivrée à une société tiers en 1993. Le 5 novembre 2020, l'ANSES a rejeté cette demande au motif que les propriétés physico-chimiques du produit Lutétia ne pouvaient être considérées comme similaires à celles du produit de référence.

2. Le 27 avril 2021, la société Ascenza a déposé auprès de l'ANSES une nouvelle demande d'AMM identique à la première, avec ajout du tableau comparatif des données physico-chimiques entre le produit Lutétia et le produit de référence. Le 21 janvier 2022, cette demande a fait l'objet d'un nouveau refus au motif que la composition du produit ne pouvait être considérée comme similaire à celle du produit de référence. Le recours gracieux présenté contre cette décision a été rejeté le 27 avril 2022. Le 10 mai 2022, l'association des utilisateurs et distributeurs de l'agro-chimie européenne (AUDACE) a formé pour le compte de la société Ascenza une demande tendant à l'indemnisation des préjudices subis en raison de l'illégalité des décisions de refus d'AMM de l'herbicide Lutétia. Par la présente requête, la société Ascenza demande au tribunal d'une part, d'annuler la décision du 21 janvier 2022 par laquelle l'ANSES a refusé de lui délivrer l'AMM pour le produit phytopharmaceutique Lutétia et la décision par laquelle l'ANSES a explicitement rejeté le recours gracieux formé contre cette décision, d'autre part, de condamner l'ANSES à lui verser une somme de 344 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis en raison de l'illégalité de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article 34 du règlement 1107/2009 du 21 octobre 2009 : " Les demandeurs sont dispensés de fournir les rapports d'essais et d'études visés à l'article 33, paragraphe 3, lorsque l'État membre auquel est adressée une demande dispose des rapports d'essais et d'études en question et que les demandeurs démontrent que l'accès leur a été accordé conformément à l'article 59, à l'article 61 ou à l'article 62, ou que l'éventuelle période de protection des données est arrivée à échéance. 2. Cependant, les demandeurs auxquels le paragraphe 1 s'applique sont tenus de fournir les informations suivantes: a) toutes les données nécessaires à l'identification du produit phytopharmaceutique, y compris sa composition complète, de même qu'une déclaration indiquant qu'aucun coformulant inacceptable n'est utilisé; b) les renseignements nécessaires pour identifier la substance active, le phytoprotecteur ou le synergiste, s'ils ont été approuvés, et pour déterminer si les conditions d'approbation sont remplies et sont conformes à l'article 29, para graphe 1, point b), le cas échéant; c) à la demande de l'État membre concerné, les données nécessaires pour démontrer que le produit phytopharmaceutique a des effets comparables à ceux du produit phytopharmaceutique pour lequel ils apportent la preuve de leur accès aux données protégées ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 253-14 du code rural et de la pêche maritime : " I.- L'Agence procède à l'examen des demandes sans conduire d'évaluation répondant aux conditions mentionnées à l'article R. 253-13 dans les cas suivants : / () 2° Demande relative aux produits génériques mentionnés à l'article 34 du règlement (CE) n° 1107/2009 ". L'article D. 253-9 de ce code dispose que : " V. ' Pour l'application de l'article 34 du règlement (CE) n° 1107/2009, on entend par produit phytopharmaceutique générique tout produit phytopharmaceutique qui a la même composition qualitative et quantitative en substances actives et le même type de formulation qu'un produit phytopharmaceutique de rattachement et dont les effets sont comparables à ceux de ce produit de rattachement () ".

5. Enfin, l'article 2 de l'arrêté du 12 avril 2017 fixant le barème de la taxe fiscale affectée perçue par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail relative à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et de leurs adjuvants, des matières fertilisantes et de leurs adjuvants et des supports de culture fixe la taxe perçue par l'ANSES pour une demande d'autorisation de mise sur le marché d'un produit phytopharmaceutique générique à 10 000 euros. L'article 9 de ce texte précise que, dans le cas d'une nouvelle demande consécutive à une décision de rejet d'une première demande motivé par une demande de complément aux études, comptes rendus d'essais et d'analyses soumis à son évaluation, ce montant est divisé par deux.

6. En premier lieu, la circonstance que la société Ascenza a payé une taxe réduite à 5 000 euros lors de sa deuxième demande n'implique pas que le contrôle de l'ANSES aurait dû porter uniquement sur les nouveaux éléments qu'elle a produits pour l'instruction de sa nouvelle demande d'autorisation de mise sur le marché, relatifs aux propriétés physico-chimiques de l'herbicide Lutétia.

7. En deuxième lieu, la première décision du 5 novembre 2020, par laquelle l'ANSES rejeté la demande d'autorisation de mise sur le marché du produit Lutétia au motif que ses propriétés physico-chimiques ne pouvaient être considérées comme similaires à celles du produit de référence, n'est pas contradictoire avec la décision contestée selon laquelle la composition du produit ne peut être considérée comme similaire à celle du produit de référence, la première décision ne s'étant pas prononcée sur le caractère similaire de la composition de ce produit par rapport au produit de référence. En tout état de cause, le rejet par l'ANSES de la première demande d'autorisation de mise sur le marché au motif du caractère non-similaire des propriétés physico-chimiques du produit Lutétia par rapport au produit de référence n'impliquait pas nécessairement que cette agence, saisie une deuxième fois d'un dossier complet, se limite à contrôler les propriétés physico-chimiques du produit.

8. En troisième lieu, s'il est regrettable que l'ANSES n'ait pas indiqué clairement, dès la première demande, que ni la composition, ni les propriétés physico-chimiques du produit n'étaient similaires à celles du produit de référence, la société Ascenza ne peut se prévaloir de la validation, inexistante, du caractère similaire de la composition lors du premier examen de sa demande d'autorisation de mise sur le marché pour soutenir qu'elle a été privée d'une garantie.

9. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'annulation présentées par la société Ascenza.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

10. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la décision de refus d'autorisation de mise sur le marché attaquée n'est pas entachée d'illégalité. Par conséquent, la société requérante n'est pas fondée à demander à être indemnisée des préjudices qu'elle prétend avoir subis en raison d'une faute commise par l'ANSES.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de la société Ascenza doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Ascenza une somme de 1 800 euros à verser à l'ANSES au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Ascenza est rejetée.

Article 2 : La société Ascenza versera à l'ANSES une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Ascenza, à l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

La rapporteure,

Signé

F. Lutz La présidente,

Signé

J. Sauvageot

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2204779

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