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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204807

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204807

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL WOOG & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2022, M. C B, représenté par

Me Tabone, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Beynes a prononcé à son encontre la sanction de révocation, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Beynes de le réintégrer à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Beynes une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est constituée en l'espèce dès lors que la décision attaquée le prive de son traitement, lui causant un trouble grave et imminent dans ses conditions d'existence, et porte gravement atteinte à sa carrière, son honneur et à sa réputation ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur de qualification juridique dès lors que la plupart des faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis et ne sont pas, en tout état de cause, fautifs ; elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que la sanction qui lui a été infligée revêt un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, la commune de Beynes, représentée par Me Treca de la SELARL Woog et associés, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B à lui verser une somme de 2 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors que M. B a manqué de diligence en saisissant tardivement le tribunal, que rien ne démontre qu'il ne disposerait pas des ressources nécessaires pour faire face à ses charges et qu'il ne peut invoquer une atteinte à son honneur et sa réputation alors qu'il s'est placé lui-même dans une situation obligeant la commune à prononcer une sanction de révocation ;

- aucun moyen soulevé n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 21 juin 2022 sous le numéro 2204809 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 juillet 2022 à 9h30 en présence de

Mme Gilbert, greffière, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Tabone, représentant Me B ;

- les observations de Me Horeau représentant la commune de Beynes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a été recruté en qualité d'agent contractuel affecté au service des espaces verts de la commune de Beynes à compter du 12 avril 2012. Il a été titularisé à compter du 1er janvier 2016 en qualité d'adjoint technique territorial. A compter du 4 février 2019, il a été affecté au service des sports et de la vie associative de la commune pour y exercer les fonctions d'agent d'exploitation et d'accueil des équipements sportifs. Par un arrêté du

19 avril 2022, le maire de la commune de Beynes a prononcé sa révocation. Par la présente requête, M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision du 19 avril 2022.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. La décision litigieuse a pour effet de priver M. B de tout traitement et de lui faire perdre la qualité de fonctionnaire, alors qu'il doit faire face à diverses charges et notamment les mensualités de l'emprunt souscrit pour l'acquisition de son logement. Dans ces conditions, alors même que, comme l'a fait valoir le représentant de la commune à l'audience, le requérant n'a pas produit son avis d'imposition et devrait bénéficier d'une allocation de retour à l'emploi, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Il résulte de l'instruction qu'il est fait grief à M. B, qui a, par le passé, fait l'objet de deux sanctions disciplinaires, à savoir une exclusion temporaire de fonctions d'un jour en 2016 pour avoir menti sur la détention de son permis de conduire et un avertissement en 2020 pour avoir consommé de l'alcool sur son lieu de travail, d'avoir, pendant les heures de service, consulté à cinq reprises, entre septembre et novembre 2021, des sites à caractère pornographique, d'avoir joué à des jeux vidéo, d'avoir consulté la messagerie de son supérieur hiérarchique à son insu et d'avoir refusé d'obéir et d'exécuter les tâches qui lui avaient été confiées à plusieurs reprises. A l'exception de la consultation volontaire de la messagerie de son supérieur hiérarchique, la matérialité des faits reprochés n'a pas été contestée par le requérant devant le tribunal comme devant le conseil de discipline lequel, réuni le 1er avril 2022, a toutefois rejeté à l'unanimité des voix la proposition de sanction de révocation demandée par la commune.

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que, eu égard à la nature et au degré de gravité des faits de l'espèce, la sanction litigieuse est disproportionnée est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

7. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a lieu, en conséquence et dans les circonstances de l'espèce, de suspendre l'exécution de la décision prononçant la révocation de M. B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

8. La suspension de l'exécution de la décision du 19 avril 2022 révoquant M. B implique nécessairement que l'intéressé soit réintégré, à titre provisoire, dans ses fonctions sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance, et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Beynes une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Le requérant n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la commune au même titre ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 19 avril 2022 du maire de la commune de Beynes prononçant la révocation de M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Beynes de réintégrer, à titre provisoire, M. B dans ses fonctions sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Beynes versera à M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Beynes tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à la commune de Beynes.

Fait à Versailles, le 7 juillet 2022.

Le juge des référés,

Signé

Ph. A

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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