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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204838

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204838

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantCACAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, Mme A C épouse B, représentée par Me Cacan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 mai 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour valable un an portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler ou au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai de quinze jours à compter du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de l'habilitation du signataire de l'acte attaqué pour signer les décisions qu'il contient ;

- les décisions refusant le séjour et portant obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- son droit à être entendue au préalable a été méconnu, en violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'elle n'a pas pu émettre d'observations à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et de l'absence de délai de départ volontaire ;

- la décision fixant l'absence de délai de départ volontaire n'est pas motivée, et méconnaît les termes de l'article 7.2 de la directive 2008/115/CE, qui prévoit la possibilité d'un délai supérieur à trente jours compte tenu de sa situation personnelle ;

- les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas compatibles avec les objectifs de la directive 2008/115/CE ;

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait concernant ses attaches familiales en France, ainsi que d'une erreur manifeste dans l'appréciation sur sa situation personnelle, compte tenu de son intégration dans la société française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête, au motif qu'aucun des moyens présentés par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 30 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2022 à 17 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel ;

- les conclusions de M. Armand, rapporteur public ;

- et les observations de Me Cacan représentant Mme C épouse B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, ressortissante de nationalité turque née le 19 mars 1973 déclare être entrée en France le 12 novembre 2014 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour valable 4 jours. Elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français malgré deux arrêtés lui refusant le séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, édictés par le préfet de l'Essonne les 25 octobre 2016 et 10 avril 2020. Le 25 mai 2021, elle a sollicité son admission au séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 mai 2022 dont Mme C épouse B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Par un arrêté n°2022-PREF-DCPPAT-BCA-028 du 17 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. E D, directeur de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de l'Essonne, a reçu du préfet de l'Essonne délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui refuser l'admission au séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté pour toutes les décisions qu'il comporte. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de Mme C doit également être écarté.

4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte, notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, y compris au titre de l'asile, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

5. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français ayant été prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet de la demande d'admission au séjour de la requérante, l'administration n'avait pas à mettre à même l'intéressée de présenter spécifiquement des observations sur cette mesure. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents, susceptibles d'influer sur le contenu des décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être préalablement entendu doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Mme C épouse B se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis son entrée en novembre 2014, en dépit des mesures lui refusant le séjour et l'obligeant à quitter le territoire français édictées par le préfet de l'Essonne les 25 octobre 2016 et 10 avril 2020. Elle est mariée depuis le 20 janvier 1997 à M. B, ressortissant turc titulaire d'un titre de séjour et fait valoir la présence de ses deux enfants majeurs, titulaires de titres de séjour, sans toutefois établir que sa présence auprès d'eux serait indispensable. Sur le plan professionnel, malgré son ancienneté de présence alléguée, la requérante ne justifie, à la date de l'arrêté attaqué, d'aucune activité professionnelle et ne fait valoir qu'une attestation de suivi d'une formation de 44 heures. Sur le plan familial, la requérante conserve de fortes attaches dans son pays d'origine, où résident sa mère, ses deux frères et cinq sœurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 41 ans. La requérante ne fait valoir aucun obstacle au retour dans son pays où elle pourra solliciter l'admission au séjour dans le cadre de la procédure de regroupement familial, dont elle relève. Dans ces conditions, malgré le fait que Mme C soit mariée à un compatriote en situation régulière, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de Mme C, qui a déjà fait l'objet de deux refus de séjour et d'obligations de quitter le territoire français non exécutées, ne justifiait pas sa régularisation à titre exceptionnel en qualité de salarié ou au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement des dispositions précitées. L'arrêté attaqué n'a pas davantage porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée et n'a, par suite, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

9. Dès lors que le délai de trente jours accordé, comme en l'espèce, à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de départ volontaire de droit commun, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou qu'il ait fait valoir des éléments justifiant que ce délai soit prolongé. La requérante n'alléguant pas avoir formulé une telle demande ou avoir fait valoir de tels éléments, elle ne peut utilement soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours serait insuffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse ne lui aurait accordé aucun délai manque en fait et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. D'une part, contrairement à ce que soutient Mme C dans sa requête, l'arrêté attaqué prévoit un délai de départ volontaire de trente jours. Elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet ne lui aurait pas accordé de délai de départ volontaire.

11. D'autre part, Mme C épouse B ne peut se prévaloir à l'encontre de la décision contestée des dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, dès lors que cette directive a fait l'objet d'une transposition en droit interne. De plus, les éléments d'appréciation énoncés par les dispositions de l'article L. 612-1 précité ne présentent pas un caractère plus restrictif que ceux prévus par les dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et ne sont donc pas contraires aux objectifs de cette dernière. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise sur le fondement de dispositions législatives incompatibles avec les objectifs de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ne peut qu'être écarté.

12. Enfin il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné la situation personnelle de Mme C épouse B, qui n'apporte aucun élément probant permettant d'établir que le délai de départ volontaire de trente jours n'était pas approprié à sa situation. Par suite, les moyens tirés du défaut d'un tel examen et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C épouse B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 25 mai 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F-X de Miguel

Le président,

signé

P. Ouardes

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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