mercredi 3 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2204906 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BAHIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juin 2022 et le 27 juillet 2022, M. B, représenté par Me Bahic, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit en cas d'exécution d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Les décisions litigieuses :
- sont dépourvues de base légale, dès lors que M. B, dont le père a acquis la nationalité française en 1992, alors que lui-même était âgé de sept ans, a engagé une procédure devant les juridictions civiles pour faire reconnaître sa nationalité française ; il a, en effet, déposé le 1er juillet 2020 une demande d'aide juridictionnelle en vue de faire appel du jugement du 13 janvier 2022 par lequel tribunal judiciaire de Paris a jugé qu'il n'était pas de nationalité française ; en l'espèce, il existe un doute sérieux sur sa nationalité ; dès lors, la décision encourt l'annulation, et à défaut, le tribunal ne peut que surseoir à statuer jusqu'à l'issue de la procédure engagée devant la juridiction civile.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- doit être produite par le préfet de l'Essonne ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entaché d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire qui en constitue le fondement ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2022, le préfet de l'Essonne, qui a par ailleurs produit la décision attaquée le 28 juin 2022, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, s'étant tenue en présence de Mme Amegee, greffière d'audience :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Bahic, représentant M. B ;
- et les observations de M. B ;
- la préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sénégalais né le 21 juin 1985, est entré en France, selon ses déclarations en novembre 2018. Le 22 juin 2022, il a été interpellé dans le cadre d'une enquête pour travail dissimulé et placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du Par un arrêté du 22 juin 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité des décisions contestées
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article 29 du code civil : " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. / Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire à l'exception des juridictions répressives comportant un jury criminel ". Aux termes de l'article 500 du code de procédure civile : " A force de chose jugée le jugement qui n'est susceptible d'aucun recours suspensif d'exécution ". Aux termes de l'article 528 du même code : " Le délai à l'expiration duquel un recours ne peut plus être exercé court à compter de la notification du jugement, à moins que ce délai n'ait commencé à courir, en vertu de la loi, dès la date du jugement ". Aux termes de l'article 538 de ce code : " Le délai de recours par une voie ordinaire est d'un mois en matière contentieuse () ". Et, aux termes de l'article 539 du même code : " Le délai de recours par une voie ordinaire suspend l'exécution du jugement. Le recours exercé dans le délai est également suspensif ". Enfin, aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi relative à l'aide juridique : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / 1° De la notification de la décision d'admission provisoire ; / 2° De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné ".
5. En l'espèce, il ressort des mentions du procès-verbal d'audition du 22 juin 2022 que le requérant a fait valoir devant les services de police que " son père était de nationalité française ", qu'il avait " pris un avocat pour demander [sa] régularisation car [son] père était de nationalité française ", et qu'il a indiqué également avoir sur le territoire un frère et une sœur de nationalité française, circonstances qui sont corroborées par les pièces jointes à sa requête. Il ressort, en effet, des pièces du dossier que le père du requérant, décédé en 2007 à Rouen, a acquis la nationalité française par déclaration enregistrée devant le tribunal de grande instance de Rouen le 13 mai 1996, et que l'un de ses frères et l'une de ses sœurs sont également de nationalité française. Il ressort, enfin, des pièces du dossier que, si par un jugement du 13 janvier 2022, notifié à M. B le 31 mai 2022, le tribunal judiciaire de Paris a jugé que ce dernier n'était pas de nationalité française, ce jugement n'était toutefois ni définitif ni passé en force de chose jugée à la date de l'arrêté litigieux, ni à la date de la présente décision, en application des dispositions précitées du code de procédure civile et du décret du 28 décembre 2020. Pour motiver l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. B, l'arrêté litigieux se borne, toutefois, à indiquer que ce-dernier " n'a effectué aucune démarche en vue de sa régularisation " et qu'il " n'est pas porté une atteinte disproportionnée " à son droit à la protection de sa vie privée et familiale. Il ne mentionne ainsi aucun des éléments qui viennent d'être rappelés et qui revêtent une importance particulière pour l'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par conséquent, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
6. Il s'ensuit que la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a obligé M. B à quitter le territoire doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête. Par voie de conséquence, les décisions par lesquelles le préfet a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé le pays le pays de destination en cas d'exécution d'office, qui sont dépourvues de base légale, doivent également être annulée.
Sur les conclusions à fins d'injonction
7. Eu égard à son motif, la présente décision implique seulement que le préfet de l'Essonne, ou tout autre préfet territorialement compétent, procède à un nouvel examen de la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la date de notification de la présente décision, et qu'il lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais
8. M. B a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros à verser à Me Bahic en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle. À défaut d'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, l'État versera directement cette somme à ce dernier.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Il est mis à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à Me Bahic, conseil de M. B, dans les conditions fixées aux articles 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve, d'une part, qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. À défaut d'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, l'État versera directement cette somme à ce dernier.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2022.
Le magistrat désigné,
signé
G. C
La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026