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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204907

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204907

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204907
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTOURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2022, M. E, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités néerlandaises responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ainsi qu'un dossier lui permettant de saisir l'OFPRA dans un délai de quinze jours sous astreinte 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il ne présente aucun moyen au soutien de ses conclusions.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 1er juillet 2022, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 juillet 2022, en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Toure, avocat désigné d'office, représentant M. D, assisté de Mme C, interprète en langue turque, qui soutient que M. D est entré en France après être repassé par la Turquie, qu'il a un frère en France demandeur d'asile en procédure normale, qu'il a deux oncles et des cousins en situation régulière ;

- les observations de M. D qui confirme avoir une grande partie de sa famille en France ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant turc né le 23 mars 1995 à Konak, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 9 mars 2022, auprès des services du préfet de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base Visabio a révélé que M. D avait bénéficié d'un visa délivré par les autorités néerlandaises, le 7 janvier 2022. Saisies d'une demande de prise en charge de M. D, les autorités néerlandaises ont accepté cette requête, le 18 mai 2022. Par un arrêté du 10 juin 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités néerlandaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ".

3. En l'espèce, M. D, doit être regardé comme demandant l'application des dispositions de l'article 17 précité. Il ressort des très nombreuses pièces produites durant l'audience, et dont il soutient qu'elles avaient été présentées à la préfecture, ainsi que des échanges à l'audience, que M. D, turc d'origine kurde, a de nombreux oncles, tantes et cousins présents en France en situation régulière, la plupart ayant la qualité de réfugié, d'autres ayant acquis la nationalité française, et qui l'hébergent et le soutiennent. Il ressort également de ces pièces et il n'est pas contesté que son frère attend d'être reçu par l'OFPRA qui doit étudier sa demande d'asile. Dans les circonstances particulières de l'espèce, alors que le traitement de la demande d'asile de M. D présente des éléments connexes avec celle de son frère et qu'il n'a aucune famille aux Pays-Bas ou dans un autre pays de l'Union européenne, le préfet de l'Essonne a commis une erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités néerlandaises.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne d'enregistrer la demande d'asile de M. D en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'une semaine à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, M. D ayant bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office et n'ayant exposé aucun frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé le transfert de M. D aux autorités néerlandaises est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne d'enregistrer la demande d'asile de M. D en procédure normale et de lui remettre une attestation de demande d'asile, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

C. ALe greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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