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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2204945

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2204945

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2204945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantDE METZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2022, M. A C, représenté par Me de Metz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juin 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande et lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- la décision en litige a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'il n'a pas été destinataire de sa convocation devant la commission du titre de séjour, rien ne permettant de savoir si la convocation a été faite à la bonne adresse et dans les délais requis et, d'autre part, que l'avis de cette commission ne prend en compte ni l'annulation par le tribunal administratif de Versailles d'un précédent refus de titre ni sa situation familiale réelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il vit en concubinage depuis plus de 6 ans avec une compatriote qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, qu'un enfant est né de leur union en 2016, qu'il participe à son entretien et éducation et qu'il est inséré professionnellement ;

- elle méconnaît l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public, les faits reprochés sont anciens et n'ont pas donné lieu à incarcération, le préfet n'ayant pas procédé à un examen de l'ensemble de son comportement.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a produit aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Miguel ;

- et les observations de Me de Metz représentant M. C, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant de nationalité géorgienne né le 18 novembre 1987, déclare être entré en France le 3 octobre 2012 sans toutefois le justifier par la production d'un document transfrontière revêtu du cachet d'entrée. Il a toutefois bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 27 août 2020 au 26 août 2021, dont il a demandé le renouvellement le 17 juin 2021. Par une décision du 1er juin 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Essonne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission à titre provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ". Aux termes de l'article L. 432-2 du même code : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations () ".

4. Pour fonder sa décision refusant de renouveler le titre de séjour au requérant, le préfet de l'Essonne a pris en compte les différentes condamnations pénales dont M. C a fait l'objet entre le 4 mars 2016 et le 2 septembre 2019, pour des faits de circulation avec un véhicule sans assurance, de conduite de véhicule sans permis, de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, et d'exercice illégale de l'activité d'exploitant de taxi, pour lesquelles il a été condamné à des amendes et des peines d'emprisonnement avec sursis. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les faits reprochés sont relativement anciens à la date de l'arrêté attaqué, qu'ils n'ont pas fait obstacle à la délivrance du premier titre de séjour valable d'août 2020 à août 2021 et il n'est pas établi que l'intéressé ait commis d'autres infractions depuis la dernière condamnation en septembre 2019, soit 3 ans avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, M. C est fondé à soutenir qu'en refusant de lui renouveler son titre de séjour en se fondant sur la menace à l'ordre public, le préfet de l'Essonne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui soutient être entré en France en 2012 à l'âge de 25 ans, est marié avec Mme B D compatriote de nationalité géorgienne qui bénéficie du statut de la protection subsidiaire accordé par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 15 mai 2014. Le couple a un enfant, né le 1er juillet 2016, et accueille l'enfant de Mme D issu d'une précédente union, scolarisée en classe de CM1 à la date de l'arrêté attaqué et dont M. C s'occupe. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 1er juin 2022 du préfet de l'Essonne doit être annulé.

Sur les conclusions a fin d'injonction :

8. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travailler, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à Me de Metz dans le cas où l'aide juridictionnelle serait définitivement accordée au requérant, sous réserve que cet avocat renonce à la part contributive de l'Etat, dans le cas contraire, à verser cette somme à M. C au titre des frais exposés par ce dernier et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er juillet 2022 du préfet de l'Essonne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " avec autorisation de travailler, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros à verser à Me de Metz dans le cas où l'aide juridictionnelle serait définitivement accordée au requérant, sous réserve que cet avocat renonce à la part contributive de l'Etat, dans le cas contraire, à verser cette somme à M. C au titre des frais exposés par ce dernier et non compris dans les dépens.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me de Metz et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

F-X de Miguel

Le président,

P. Ouardes

La greffière,

C. Benoît-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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