vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2204971 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | HASSID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juin 2022, la SAS The Barber Club, représentée par Me Hassid, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 10 février 2022 par laquelle le directeur général de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) a mis à sa charge la somme de 36 500 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et celle de 4 248 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement, vers son pays d'origine, de l'étranger employé irrégulièrement, ensemble la décision du 5 mai 2022 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire à 15 000 euros le montant total des contributions mises à sa charge ;
3°) de condamner l'OFII aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- le contrôle de police et le procès-verbal subséquent, sur la base duquel ont été mises à sa charge les contributions en litige, sont entachés de nullité, ceux-ci ayant été réalisés par un officier de police judiciaire en fonction en Seine-et-Marne, soit dans un département distinct de celui de l'Essonne, visé par l'habilitation du Procureur de la République, alors, par ailleurs que les dispositions de l'article 78-2-1 du code de procédure pénale sont d'interprétation stricte ;
- la décision attaquée a omis de statuer sur la situation de l'une des personnes mentionnées dans le courrier initial adressé par l'OFII, sans en expliciter les raisons ;
- la sanction est infondée en ce qui concerne M. A, celui-ci ayant fourni une pièce d'identité présentant les apparences de la réalité, et ayant donc été déclaré auprès des organismes sociaux ; ce salarié a d'ailleurs été licencié à la suite du contrôle ;
- les sanctions mises à sa charge doivent être réduites dès lors que la société n'a jamais fait l'objet d'un avertissement, ni d'une précédente procédure du même ordre, et la falsification du document d'identité qui lui a été présenté ne pouvait être décelée par un non professionnel ; en outre, elle a subi des fermetures administratives ordonnées en raison de la crise sanitaire, ce qui a engendré des difficultés financières.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.
L'instruction a été close au 10 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milon,
- et les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société The Barber Club demande au tribunal d'annuler la décision du 10 février 2022 par laquelle le directeur général de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) a mis à sa charge la somme de 36 500 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et celle de 4 248 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement, vers son pays d'origine, de l'étranger employé irrégulièrement, ensemble la décision du 5 mai 2022 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 78-2-1 du code de procédure pénale, dans sa version applicable à la date de la décision contestée : " Sur réquisitions du procureur de la République, les officiers de police judiciaire et, sur l'ordre ou la responsabilité de ceux-ci, les agents de police judiciaire et agents de police judiciaire adjoints mentionnés aux articles 20 et 21 (1°) sont habilités à entrer dans les lieux à usage professionnel, ainsi que dans leurs annexes et dépendances, sauf s'ils constituent un domicile, où sont en cours des activités de construction, de production, de transformation, de réparation, de prestation de services ou de commercialisation, en vue : / () - de se faire présenter le registre unique du personnel et les documents attestant que les déclarations préalables à l'embauche ont été effectuées ; / - de contrôler l'identité des personnes occupées, dans le seul but de vérifier qu'elles figurent sur le registre ou qu'elles ont fait l'objet des déclarations mentionnées à l'alinéa précédent. / Les réquisitions du procureur de la République sont écrites et précisent les infractions, parmi celles visées aux articles L. 5221-8, L. 5221-11, L. 8221-1, L. 8221-2, L. 8251-1 du code du travail, qu'il entend faire rechercher et poursuivre, ainsi que les lieux dans lesquels l'opération de contrôle se déroulera. Ces réquisitions sont prises pour une durée maximum d'un mois et sont présentées à la personne disposant des lieux ou à celle qui la représente () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le contrôle, au terme duquel ont été mises à la charge de la société les contributions en litige, a été effectué le 17 juin 2021 par un agent affecté à la direction interdépartementale du Mesnil Amelot et à l'antenne " Brigade mobile territoriale de l'Essonne ", sur réquisition du substitut de la Procureure de la République près le tribunal judiciaire d'Evry du 8 juin 2021. Il en ressort également que la réquisition concerne le chef de la brigade mobile de recherche de la police aux frontières de l'Essonne et tout officier ou agent de police judiciaire du département. La société requérante ne démontre pas en quoi le contrôle aurait été conduit en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 78-2-1 du code de procédure pénale. En tout état de cause, il n'est pas allégué que la régularité du procès-verbal, qui est indissociable de la procédure pénale, aurait été contestée devant le juge judiciaire, seul compétent en la matière. Le moyen tiré de la nullité de la procédure de contrôle doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, s'il ressort des pièces du dossier, notamment du courrier du 16 novembre 2021 adressé par l'OFII à la société The Barber Club dans le cadre de la procédure contradictoire préalable qu'il était envisagé de mettre à sa charge les sanctions financières liées à l'emploi d'un troisième travailleur étranger en situation irrégulière, la décision attaquée ne fait pas mention de cette troisième personne et il ressort des précisions apportées par l'OFII dans la présente instance que celui-ci a estimé, au terme de la procédure contradictoire, qu'aucun élément ne permettait d'infliger à la société une contribution pour ce salarié. Dès lors, la décision attaquée, qui n'avait pas à expliciter les raisons ayant conduit l'OFII à ne pas infliger de sanction à raison de cette troisième personne, ne peut être regardée comme entachée d'une insuffisance de motivation sur ce point. Elle ne peut davantage être regardée comme entachée, de ce point de vue, d'une erreur de droit.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger ".
6. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé. Le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution au montant fixé de manière forfaitaire ou en décharger l'employeur.
7. Lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
8. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été constaté à l'occasion du contrôle mentionné ci-dessus, que M. B et M. A, tous deux ressortissants algériens, employés par la société requérante, étaient dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à travailler en France. L'irrégularité de la situation administrative des intéressés a par la suite été confirmée par les services préfectoraux.
9. D'une part, il ressort des déclarations concordantes du président de la société et de M. B que ce dernier n'a remis aucun document d'identité lors de son embauche, ni d'ailleurs ultérieurement, et il n'est pas même soutenu que celui-ci se serait prévalu de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée. La société requérante ne conteste d'ailleurs pas le bien-fondé des sanctions en ce qu'elles reposent sur l'emploi de ce salarié.
10. D'autre part, il ressort des déclarations effectuées par M. A lors de son audition que celui-ci a présenté au président de la société requérante, en charge de son recrutement, de simples photocopies de la fausse carte d'identité espagnole dont il était titulaire, d'une attestation de carte vitale et de son passeport algérien. Si le président de la société requérante a, au contraire, déclaré lors de son audition que M. A lui aurait remis sa pièce d'identité espagnole, aucune pièce ne permet de conforter cette déclaration. Dans ces conditions, à défaut pour la société requérante de s'être assurée que son salarié disposait d'un document d'identité de nature à justifier de la nationalité espagnole alléguée, l'infraction aux dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail est caractérisée, sans qu'influe la circonstance que la société requérante a procédé à une déclaration préalable à l'embauche de ce salarié.
11. En dernier lieu, pour contester la proportionnalité de l'amende prononcée à son encontre, la société requérante ne peut utilement invoquer l'absence d'élément intentionnel dans la commission du manquement qui lui est reproché. Par ailleurs, pour les raisons indiquées aux points 9 et 10, elle ne justifie pas avoir accompli les diligences nécessaires, ni, par suite, de sa bonne foi, ce, à supposer même qu'ainsi qu'elle l'allègue, la falsification du document d'identité qui lui a été présenté par l'un de ses salariés ne pouvait être décelée par un non professionnel. De même, si elle fait valoir qu'elle n'a jamais fait l'objet d'un avertissement, ni d'une précédente procédure du même ordre, il ressort des déclarations consignées lors de l'enquête que le salarié qu'elle a employé sans recueillir au préalable un titre de séjour a travaillé pour son compte durant plusieurs semaines. Enfin, si la société fait état de difficultés financières liées aux fermetures administratives ordonnées entre 2020 et 2021 en raison de la crise sanitaire, elle n'en justifie aucunement. Par suite, la société requérante ne démontre pas, au regard de la nature et de la gravité des agissements sanctionnés, que les sanctions mises à sa charge seraient disproportionnées.
12. Il résulte de ce qui précède que la société The Barber Club n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée mettant à sa charge les contributions en litige. Par ailleurs, elle n'assortit pas sa demande subsidiaire tendant à la minoration de ces sanctions des éléments permettant d'en apprécier l'éventuel bien-fondé. Enfin, ses conclusions tendant au remboursement des dépens, dépourvues d'objet, ne peuvent qu'être rejetées.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée, dans son ensemble.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société The Barber Club est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société The Barber Club et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- Mme Milon, première conseillère,
- M. Connin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
A. Milon
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026