lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | TROALEN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 28 juin 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a renvoyé au tribunal administratif de Versailles la requête et les pièces complémentaires de M. E, enregistrées les 24 et 25 juin 2022.
Par une requête et des pièces enregistrées les 1er, 2 et 3 juillet 2022, M. E demande au tribunal d'annuler la décision du 23 juin 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la reconduite, ainsi que la décision du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est signée d'une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen sérieux et particulier ;
- elle méconnaît l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est signée d'une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire est signée d'une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est signée d'une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-13, à l'article L. 754-2 et à l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- et les observations de Me Troalen, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et demande à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour ;
- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant ivoirien né le 21 août 1973, est entré en France en 2014 selon ses déclarations. Par un arrêté du 16 juin 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le requérant s'étant maintenu depuis cette date en situation irrégulière, le préfet des Hauts-de-Seine, par un arrêté du 23 juin 2022, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. M. E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur le moyen commun aux décisions, tiré de l'incompétence de l'autorité signataire :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. A B, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui avait reçu du préfet de ce département, par l'arrêté PCI n° 2022-057 du 1er juin 2022, régulièrement publié le 2 juin suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, délégation à l'effet de signer notamment " les décisions d'obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi () " mais aussi " les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
Sur le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
3. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire français, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu de faire état, dans l'arrêté en litige, de l'ensemble des éléments allégués par le requérant, notamment de sa convocation, le jour même de l'édiction de l'arrêté, pour déposer une demande de titre de séjour. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de ces décisions et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bienfondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen préalable de la situation particulière de M. E doit également être écarté.
Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. E a épousé le 27 juillet 2017 une ressortissante française. Toutefois, en se bornant à produire des avis d'imposition au titre de 2019, 2020 et 2021, des avis d'échéance de loyer de 2022 ainsi qu'une attestation EDF de juin 2022, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que d'une part son épouse a déposé plainte contre lui en septembre 2019 pour violences et viol, et que d'autre part lors de sa demande de titre de séjour en 2020, il a déclaré ne pas prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Français car son épouse ne souhaitait pas l'accompagner dans ses démarches, le requérant ne conteste pas utilement les allégations du préfet des Hauts-de-Seine selon lesquelles aucune communauté de vie effective avec son épouse n'existait à la date de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. E, sans enfant à charge, n'établit pas la réalité de la communauté de vie avec son épouse. Par ailleurs, il n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de quarante-et-un ans. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait, en faisant à M. E obligation de quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vues desquels cette décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écarté.
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que M. E s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, et qu'il a explicitement déclaré lors de son audition par les services de police qu'il n'envisageait pas un retour dans son pays d'origine et ne se conformerait donc pas à la mesure d'éloignement. La décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est donc suffisamment motivée.
9. En second lieu, l'illégalité de la mesure d'éloignement n'ayant pas été établie, l'exception d'illégalité soulevée contre la présente décision doit être rejetée.
Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi :
10. En premier lieu, M. E n'ayant pas établi l'illégalité de la mesure d'éloignement, l'exception d'illégalité de celle-ci à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'indiqués au point 5, la décision fixant le pays de renvoi ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.
Sur les conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
13. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
14. Il ressort des termes de la décision attaquée, qui vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet a pris en compte, au vu de la situation de M. E, l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, en relevant notamment, que le requérant ne fait pas état de fortes attaches sur le territoire français, qu'il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il ne s'est pas conformé et, qu'en outre, il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Ainsi, la décision litigieuse, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui la fonde, est suffisamment motivée alors même qu'elle ne mentionne pas que M. E ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Le moyen doit être écarté.
15. En deuxième lieu, M. E n'ayant pas établi l'illégalité de la mesure d'éloignement, l'exception d'illégalité de celle-ci à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.
16. En troisième lieu, si M. E se prévaut de sa présence en France depuis 2014, ancienneté qu'il n'établit pas, ainsi que de sa vie commune avec son épouse, vie commune qu'il n'établit pas davantage ainsi qu'il a été dit au point 5, il résulte de ce qui a précédemment exposé qu'il ne justifie d'aucune attache sur le territoire français et qu'il a précédemment fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il ne s'est pas conformé. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 23 juin 2022 doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet des Hauts-de-Seine.
Lu en audience publique le 4 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
signé
B. DLa greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026