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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205092

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205092

mercredi 20 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2022, Mme A E C, représentée par Me Saidi, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, ou une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard, et de prendre une décision définitive sur cette demande dans un délai de deux mois à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle se trouve en situation irrégulière, isolée et sans logement ni ressources, et que l'absence de délivrance du récépissé de sa demande de renouvellement de son titre de séjour l'empêche d'exercer une activité professionnelle ;

- la mesure est utile, dès lors qu'elle constitue le seul moyen d'obtenir le renouvellement de son récépissé ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Benoit, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E C, née le 2 juin 1975, de nationalité tunisienne, s'est mariée le 1er avril 2016 avec M. B C, de nationalité française. Par une ordonnance de non-conciliation du 13 juin 2019, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance d'Evry a, notamment, autorisé M. C à introduire l'instance pour que le juge prononce le divorce des époux. Mme E C a obtenu la délivrance de deux cartes de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " respectivement valables du 13 avril 2017 au 12 avril 2018, puis du 13 avril 2018 au 12 avril 2019. Elle a sollicité le 9 mai 2019 le renouvellement de ce titre de séjour. Huit récépissés lui ont successivement été délivrés, en dernier lieu le 16 février 2022 pour une période de validité expirant le 17 avril 2022. Mme D expose qu'elle a sollicité les 16, 18, 23 et 28 avril 2022, les 2, 9, 11, 22 et 27 mai 2022, par voie de procédure dématérialisée, le renouvellement du récépissé de sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, Mme E C demande au juge des référés d'enjoindre au préfet de l'Essonne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, ou une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande, et de prendre une décision définitive sur cette demande dans un délai de deux mois à compter de l'ordonnance à intervenir.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut-être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre Mme D à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ". Aux termes de l'article R. 431-15 du même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 de ce code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / () ".

5. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour.

6. Mme E C était titulaire, jusqu'au 17 avril 2022, d'un récépissé le 16 février 2022 attestant de sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qui l'autorisait à travailler. La condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit, en l'absence de toute défense du préfet dans la présente instance, être regardée comme remplie. Elle a produit aux débats une capture d'écran non nominative mentionnant le dépôt d'une demande de renouvellement de récépissé, et indique qu'une " attestation d'enregistrement portant le numéro 33-446667 " lui sera adressée par courriel " afin d'attester de la bonne réception de sa demande ". Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est pas allégué, qu'aucun accusé de réception de cette demande ne lui aurait été adressé. Aucun accusé de réception ne figure au dossier. Les autres captures d'écran produites par la requérante aux débats ne comportent ni de message indiquant qu'une attestation d'enregistrement doit lui être adressée, ni d'indication de l'auteur des demandes en cause. Il n'est dès lors pas établi qu'elle aurait sollicité le renouvellement de son récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour. Il résulte toutefois des dispositions précitées de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de l'Essonne, qui n'a pas défendu dans la présente instance, était tenu de mettre à la disposition de Mme D, via le téléservice destiné à cette fin, une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour. La demande de délivrance d'une telle attestation, qui est utile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. Mme D est donc bien fondée à demander qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de lui délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Il y a lieu d'impartir à cette fin au préfet de l'Essonne un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette obligation d'une astreinte.

7. La délivrance ou le refus de délivrance d'un titre de séjour ne présente pas le caractère d'une mesure conservatoire ou provisoire que le juge des référés peut prescrire sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Il ne résulte pas, au demeurant, de l'instruction que Mme E C remplirait les conditions nécessaires pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante, tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de prendre une décision sur sa demande de renouvellement de titre de séjour, doivent être rejetées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E C est seulement fondée à demander qu'il soit enjoint au préfet de l'Essonne de lui délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme que demande Mme E C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme E C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à Mme E C une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles le 20 juillet 2022.

La juge des référés,

C. Benoit

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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