vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 juillet 2022 et 7 juillet 2022, M. A E, alors retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°)d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°)d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation ;
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivé ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a vocation à obtenir un titre de séjour à titre exceptionnel ;
- la décision fixant le pays de renvoi a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement qui en est le fondement ;
- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement qui en est le fondement
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision qui en est le fondement.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces, enregistrées le 5 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 juillet, en présence de Mme Amegee, greffière:
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Chartier, avocate désignée d'office, représentant M. E, assisté de M. B, interprète en langue moldave, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre qu'il est entré en France en janvier 2022, qu'il a une épouse en France qui va bientôt obtenir la nationalité roumaine, qu'il a un contrat de travail ;
- les observations de Me Helderlé, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant moldave né le 26 avril 1994 à Ungheni, demande l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-0796 du 7 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans la Seine-Saint-Denis, le préfet de ce département a donné délégation de signature à Mme F D, adjointe au chef du bureau de l'accueil et de l'admission à la direction des étrangers et des naturalisations, à l'effet de signer notamment les décisions figurant dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté du 2 juillet 2022 comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de faire état, dans l'arrêté en litige, de l'ensemble des éléments allégués par le requérant. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bienfondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. E effectue des aller-retour entre la France et la Moldavie depuis 2017, et qu'il est entré pour la dernière fois en France en janvier 2022. Il travaille et bénéficie d'un contrat de travail en qualité de poseur de cloison, depuis le 1er juin 2022. Il soutient que son épouse est en France. Toutefois, la fille unique du couple réside toujours en Moldavie. Eu égard notamment à l'arrivée récente de M. E en France, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels il a été pris et méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de M. E.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
6. Aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français n'étant fondé, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France pour la dernière fois le 17 janvier 2022, soit depuis moins de six mois, comme en témoigne le tampon sur son passeport. Il travaille en qualité d'ouvrier dans le bâtiment depuis mars 2022 et bénéficie, ainsi qu'il a été dit au point 5, d'un contrat de travail. Il ressort de ses écritures non contestées, et de son récit à l'oral, qu'il s'apprêtait à déposer une demande de titre de séjour fondée sur sa situation professionnelle, lorsqu'il a été placé en rétention. Il ressort, par ailleurs, des pièces produites à l'audience, que son épouse et lui-même sont sur le point d'obtenir la nationalité roumaine. Il a été interpellé alors qu'il conduisait un véhicule sans assurance et sans être titulaire d'un permis de conduire français pour se rendre à son travail. Il n'a jamais fait l'objet de condamnation, ni d'une précédente mesure d'éloignement. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer qu'il entrait dans le champ des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code précité et lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.
9. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, la décision de refus de délai de départ volontaire doit être annulée. Par voie de conséquence, la décision interdisant à M. E de retourner sur le territoire français pendant une durée de 24 mois, privée de base légale, doit également être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
11. La présente décision, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision du 2 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait obligation à M. E de quitter le territoire français, n'implique pas la délivrance à l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, au préfet de délivrer au requérant une telle autorisation ne peuvent, dès lors qu'être rejetées.
12. Aux termes de l'article L. 613-5 de ce code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
13. La présente décision implique qu'il soit mis fin au signalement de M. E dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 2 juillet 2022 ci-dessus annulée. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 2 juillet 2022 est annulé en tant qu'il refuse d'accorder un délai de départ volontaire à M. E et qu'il lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de prendre toutes mesures utiles aux fins de supprimer le signalement de M. E dans le système d'information Schengen.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 8 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
signé
C. CLa greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026