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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205332

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205332

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARTIN-PIGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2022, Mme D E, représentée par Me Martin-Pigeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Yvelines du 30 juin 2022 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour, portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la circulaire du 28 novembre 2012 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Martin-Pigeon, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E, de nationalité algérienne, née le 20 février 1994, est entrée en France, le 16 février 2014, sous couvert d'un visa type C. Le 31 mai 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par l'arrêté du 30 juin 2022, dont Mme E demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2022-05-12-00005 du 12 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2022-097 du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme B C, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, vise les dispositions et stipulations applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, et mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement Mme E en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme E avant de refuser sa demande de titre de séjour et de l'obliger à quitter le territoire français.

5. En quatrième lieu, d'une part, les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 prévoient que : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat visé par les services du ministère chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 " (lettres c et d) ", et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises () ".

6. D'autre part, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, et font ainsi obstacle à l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces mêmes stipulations ne s'opposent pas à ce que le préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, puisse apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Il est constant que la requérante ne peut justifier du visa et du contrat de travail exigés par les stipulations précitées du b) de l'article 7 et de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par ailleurs, si Mme E se prévaut de la présence en France de son père et d'une de ses sœurs, de nationalité française, elle est célibataire et sans charge de famille et ne serait pas isolée en cas de retour dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans et où résident encore sa mère et ses deux frères. Enfin, les seules circonstances qu'elle réside de manière habituelle et continue sur le territoire français depuis 2014, au demeurant sans avoir effectué la moindre démarche en vue de la régularisation de sa situation, et, qu'elle exerce, depuis le 10 septembre 2020, le métier d'employé de restaurant à temps complet au sein de la société Serenest, sous contrat à durée indéterminée, ne sont pas suffisantes pour considérer qu'en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, le préfet des Yvelines aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Par ailleurs, les conditions de séjour d'un ressortissant algérien étant, ainsi qu'il a été dit précédemment, régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le moyen tiré de la méconnaissance de la circulaire n° NOR-INTK1229185C du 28 novembre 2012, qui ne revêt au demeurant aucune valeur règlementaire, est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si Mme E fait valoir qu'elle est bien intégrée en France, notamment sur le plan professionnel, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'elle est célibataire et sans charge de famille et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions par lesquelles le préfet des Yvelines lui a refusé le droit au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. En rejetant la demande de titre de séjour de Mme E, le préfet des Yvelines n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une telle décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

F. A Le président,

signé

P. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 220533

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