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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205343

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205343

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantOKILASSALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, Mme C D, représentée par Me Okilassali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Okilassali en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été préalablement saisie en application des dispositions de l'article R. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation administrative ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de son enfant ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 septembre 2022.

Par une ordonnance du 17 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Entrée sur le territoire français le 10 janvier 2019 selon ses déclarations, Mme C D, ressortissante géorgienne née le 20 octobre 1977 à Kvareli, a sollicité le 28 janvier 2022 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 21 juin 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme D, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et pour fixer le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions contenues dans l'arrêté litigieux ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué indique que Mme D est entrée en France le 10 janvier 2019, qu'elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant de l'état de santé de sa fille, A, et vise l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, et dès lors que l'arrêté litigieux mentionne de manière précise et circonstanciée les conditions du séjour sur le territoire national de la requérante ainsi que sa situation personnelle au regard de sa vie privée et familiale, le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines n'aurait pas examiné sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le plus jeune enfant de Mme D, né le 4 août 2015, souffre d'une encéphalopathie épileptique, liée à une anoxie néonatale, à l'origine d'un polyhandicap lourd. Consulté le 7 mars 2022, le collège de médecins de l'OFFI a toutefois estimé que si l'état de santé de l'enfant nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celle-ci pouvait cependant bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque. A l'appui de sa requête, Mme D produit un certificat médical daté du 3 janvier 2022 confirmant que sa fille présente une pathologie neurologique chronique avec polyhandicap qui nécessite des soins et des consultations dispensées régulièrement par le service de neuro-pédiatrie de l'hôpital Trousseau. Elle produit également trois comptes rendus de consultation, datés des 18 janvier 2021, 21 juin 2021 et 31 janvier 2022 retraçant le parcours de soins de son enfant. Ces différents certificats médicaux ne permettent pas, toutefois, d'affirmer que l'enfant ne pourrait bénéficier de soins adaptés en Géorgie où elle a été suivie médicalement jusqu'à son arrivée en France en janvier 2019 et ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII sur la possibilité pour l'enfant de pouvoir, d'une part, être transportée et, d'autre part, bénéficier du traitement approprié à son état de santé en Géorgie. Il s'ensuit que le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France en janvier 2019 en compagnie de son époux, en situation irrégulière, et de ses trois enfants, nés en 2010, 2011 et 2015. Rien ne s'oppose ainsi à ce que la cellule familiale ne se reconstitue dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-deux ans et où résident encore ses parents. Par suite, la décision du préfet des Yvelines n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

7. En cinquième lieu, si Mme D invoque la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code susmentionné, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions et que le préfet des Yvelines n'a pas procédé d'office à l'examen de sa demande sur un tel fondement.

8. En sixième lieu, il résulte des points précédents que Mme D ne remplit pas les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour prévue par les articles L. 312-1 et L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiés aux article L. 435-1 et L. 432-13 du même code, doit être écarté

9. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les persécutions ou menaces de persécutions prises en compte dans la reconnaissance de la qualité de réfugié et les atteintes graves ou menaces d'atteintes graves pouvant donner lieu au bénéfice de la protection subsidiaire peuvent être le fait des autorités de l'Etat, de partis ou d'organisations qui contrôlent l'Etat ou une partie substantielle du territoire de l'Etat, ou d'acteurs non étatiques dans les cas où les autorités définies au premier alinéa de l'article L. 513-3 refusent ou ne sont pas en mesure d'offrir une protection. ".

10. En l'espèce, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point n°4, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant de la requérante ne pourrait bénéficier en Géorgie d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit, en tout état de cause, être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

Ch. BLe président,

Signé

Ph. Blanc

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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