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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205386

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205386

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juillet et 3 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Saidi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Saidi en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans un examen préalable complet de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme A D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 octobre 2022 :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Saidi, représentant M. B, présent qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre qu'en tant que conjoint de Français, il doit bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, qu'il vivait maritalement depuis 6 ans avant son mariage, que l'article 6 de l'accord franco-algérien ne prévoit aucune limite relative à l'ordre public, que les infractions relevées ne sont que des signalements, que s'il a commis des erreurs en 2013, en 2019 et en 2021, il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 17 mai 1990, est entré sur le territoire français en 2012, selon ses déclarations. Par un arrêté du 12 juillet 2022, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour faire obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré. En outre, pour prendre cette décision, le préfet de l'Essonne a retenu que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 12 juillet 2022, que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de lui faire obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2. Au ressortissant algérien marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébrer à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ;() ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré régulièrement sur le territoire français le 19 décembre 2012, a épousé le 27 mars 2021 à Grigny une ressortissante française. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. B a été interpellé le 11 avril 2012 pour recel de vol de vélos et usage de stupéfiants et a fait l'objet de plusieurs signalements entre 2013 et 2020, notamment pour conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, détention non autorisée de stupéfiants, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et violences aggravées. Enfin, M. B ne conteste pas s'être soustrait à quatre précédentes mesures d'éloignement. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Si M. B fait valoir qu'il est marié avec une ressortissante française depuis 2021, il ne produit pas d'éléments probants établissant l'existence d'une vie maritale antérieure à son mariage. S'il se prévaut également de la présence en France de sa sœur, de ses neveux de nationalité française ainsi que de ses parents, il n'établit ni la réalité ni l'intensité du lien qu'il entretient avec ceux-ci en se bornant à produire des pièces d'identité et cartes de séjour, justifiant de la régularité de leur séjour en France, sans même, au demeurant, établir sa filiation à leur égard. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 7, M. B a été interpellé le 11 avril 2012 par les services de police de Juvisy-sur-Orge pour recel de vol de vélos et usage de stupéfiant, a fait l'objet de plusieurs signalements en date des 2 août et 28 juillet 2013 pour vols à l'étalage et violences aggravées, du 9 mars 2019 pour conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et du 22 juillet 2020 pour usage de faux documents administratif et conduite sans permis. Par ailleurs, M. B s'est également soustrait à plusieurs précédentes mesures d'éloignement en date du 29 juillet 2013, du 23 mai 2017 et du 9 mars 2019 dont l'une était assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de 3 ans. Dans les circonstances particulières de l'espèce et compte tenu du caractère récent du mariage de M. B, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en lui faisant obligation de quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 12 juillet 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. D Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2205386

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