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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205398

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205398

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juillet 2022 et le 17 juillet 2022, M. E G A, représenté par Me Panarelli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts de Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire aux fins de déposer une demande de séjour ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative, le tout dans un délai de quinze jour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- les droits de la défense ainsi que l'article 6 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnus, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de préciser ses conditions de logement et sa situation professionnelle, le préfet ne lui ayant pas demandé de pièces complémentaires à son dossier ;

- le préfet a méconnu le 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il a exercé une activité professionnelle en France et est inscrit à Pôle emploi depuis novembre 2020, il dispose de ressources suffisantes et d'un hébergement, le préfet n'ayant sollicité aucune information afin de compléter sa situation administrative ;

- la décision méconnait la directive 2004/38 CE du 29 avril 2004 ;

- la décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, dès lors qu'en sa qualité de citoyen roumain, présent en France et travaillant depuis 2001 et qui n'a jamais fait l'objet de mesures d'éloignement auparavant, il est en droit de rester sur le territoire français ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée s'agissant de l'urgence à l'éloigner ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il aurait dû bénéficier d'un délai de départ volontaire en sa qualité de citoyen roumain, présent en France et travaillant depuis 2001 et qu'il n'a jamais fait l'objet de mesures d'éloignement auparavant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2022, le préfet des Hauts de Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. de Miguel pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-21 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 juillet 2022, en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de M. de Miguel ;

- les observations de Me Sidi-Haissa, représentant M. A, assisté de M. D, interprète, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que l'arrêté doit être annulé en raison de la situation personnelle et professionnelle de M. A, car il est en France depuis 2012 et suit un parcours d'insertion par l'activité économique, après avoir travaillé en intérim ; en outre l'infraction reprochée est insuffisante à elle seule à caractériser un trouble à l'ordre public.

- les observations de M. A ;

- le préfet des Hauts de Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E G A, ressortissant roumain né le 6 avril 1994, déclare être entré en France en 2012, selon ses déclarations. Il a été interpellé le 10 juillet 2022 pour des faits de conduite sans permis et conduite en état d'ivresse. Par un arrêté du 11 juillet 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Hauts de Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. Par arrêté du 14 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts de Seine du même jour, Mme C B, chef de bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet notamment de signer toute décision relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certaines mesures restrictivement énumérées, dont ne font pas parties les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. L'arrêté du 11 juillet 2022 attaqué comporte, pour chacune des décisions qu'il contient, l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause et satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

5. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu lors d'une audition le 11 juillet 2022 par l'officier de police judiciaire lors de sa garde à vue, où il a pu exposer les éléments de sa situation personnelle. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et il n'est pas même soutenu que M. A aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté en litige. Par suite, les moyens tirés de de la méconnaissance du droit à être entendu garanti par l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de la méconnaissance de son droit à bénéficier d'un avocat, doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée ne fait pas suite à une demande de titre de séjour, M. A n'ayant pas engagé de démarche pour solliciter un titre de séjour ni régulariser sa situation. Au regard de son activité professionnelle. Dès lors, les conditions fixées aux dispositions citées au point précédent ne trouvent pas à s'appliquer et M. A n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.

9. M. A ne peut utilement se prévaloir directement des articles 5, 6 et suivants de la directive n° 2004/038 (CE) du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 qui a été transposée en droit interne notamment par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité.

10. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". L'article L. 233-1 du même code dispose : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".

11. En l'espèce, si M. A invoque la méconnaissance par le préfet des dispositions précitées du 1° de l'article L. 233-1 du code, il ressort des pièces du dossier que l'activité professionnelle, dont il se prévaut et produit les justificatifs au dossier, n'a été exercée que par des missions de courte durée, pour les mois de septembre 2020 à mars 2021 inclus, de manière non continue, pour des rémunérations mensuelles variant de 276,68 euros à 797,64 euros. De plus M. A ne justifie pas avoir occupé d'emploi depuis mars 2021 et ne démontre aucune activité professionnelle à la date de l'arrêté attaqué. En outre, il ne justifie d'aucune ressource stable et l'attestation d'hébergement produite au dossier démontre le caractère temporaire et précaire de la situation d'accueil chez la personne qui l'héberge et qui précise dans son attestation qu'il s'agit d'un hébergement ponctuel et d'une aide financière dans l'attente d'un emploi. Dans ces conditions, M. A ne remplissant aucune des conditions de l'article L. 251-1 précité, le préfet des Hauts de Seine était fondé à obliger le requérant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est écarté. Les moyens tirés d'une erreur de droit d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

12. L'illégalité de la mesure d'éloignement n'ayant pas été établie, comme le rappelle le point 5, l'exception d'illégalité soulevée contre la présente décision doit être rejetée.

13. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant roumain, s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration d'un délai de trois mois sans avoir sollicité son admission au séjour et sans justifier d'une activité professionnelle ni de ressources, ni d'un hébergement stable à la date de l'arrêté attaqué, constituant ainsi une charge pour le système d'assistance sociale et d'assurance maladie. De plus, il a été interpellé le 10 juillet 2022 pour des faits de conduite en état d'ivresse et conduite sans permis. Ainsi pour l'ensemble de ces raisons qui sont mentionnées dans l'arrêté attaqué, le préfet était fondé à refuser à M. A le délai de départ volontaire, en application des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. L'illégalité de la mesure d'éloignement n'ayant pas été établie, comme il résulte de ce qui précède, l'exception d'illégalité soulevée contre la présente décision doit être rejetée.

16. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 11 et 14, les moyens tirés d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, dès lors qu'en sa qualité de citoyen roumain, présent en France et travaillant depuis 2001 et qui n'a jamais fait l'objet de mesures d'éloignement auparavant, doivent être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts de Seine du 11 juillet 2022 ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E G A et au préfet des Hauts de Seine.

Lu en audience publique le 19 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F-X de MiguelLa greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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