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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205446

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205446

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPrésident Gosselin
Avocat requérantFAFOWORA DE LOMBARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022 et un mémoire du 4 mai 2023, non communiqué, M. B A, représenté par Me Fafowora de Lombardon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points des 24 mars 2021, 13 avril 2021, 2 mai 2021, 26 juin 2021, 12 juillet 2021 et 5 janvier 2022 ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet a suspendu la validité de son permis de conduire ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les quinze points retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision " 48 SI " ne lui a pas été notifiée ;

- les décisions successives de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- la réalité des infractions contestées n'est pas établie ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2023, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points pour les infractions commises les 24 mars 2021, 13 avril 2021, 2 mai 2021, 12 juillet 2021, et 5 janvier 2022.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gosselin, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gosselin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a commis le 26 juin 2021 une infraction au code de la route ayant entraîné le retrait de quatre points affectés à son permis de conduire. Par une décision " 48 SI " du 13 mai 2022 le ministre de l'intérieur et des outre-mer a récapitulé les décisions de retrait de points, a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de cette dernière décision ainsi que de la décision portant retrait de points de son permis de conduire et à ce que 4 points soit restitués au capital de points de son permis de conduire.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, s'agissant des infractions des 24 mars 2021, 13 avril 2021, 2 mai 2021, 12 juillet 2021 et le 5 janvier 2022, il ressort des termes du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire du requérant et édité le 10 mai 2022, que la mention de ces infractions n'y figure pas. Dans ces conditions, ces décisions doivent être regardées comme ayant été implicitement mais nécessairement retirées, postérieurement à l'introduction de la requête. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de celles-ci et celles tendant à ce que les points retirés consécutivement à ces infractions soient restitués sont devenues sans objet, et il n'y a pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne le défaut de notification :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. M. A soutient que les décisions de retrait de points contestées ne lui ont jamais été notifiées. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que M. A n'aurait pas été informé des décisions de retrait de points est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision de retrait. Le moyen tiré du défaut de notification de la décision attaquée est inopérant et doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

5. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

6. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ainsi, l'émission d'un titre exécutoire établit la réalité d'une infraction, sans que le juge ne doive rechercher si l'intéressé a reçu notification d'un avis d'amende forfaitaire majorée.

7. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que l'infraction du 26 juin 2021 a donné lieu, en l'absence du paiement de l'amende forfaitaire afférente dans le délai de quarante-cinq jours, à l'émission d'un titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée. En dépit de ce qu'il soutient, M. A n'établit pas avoir présenté une requête en exonération ou formé une réclamation. Dès lors, conformément à ce qui précède, la réalité de l'infraction reprochée à l'intéressé est établie.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route concernant l'infraction commise le 26 juin 2021 :

8. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9./ Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. / Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent alinéa ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 ".

9. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces du dossier qu'avant même que ces mentions aient été rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettaient le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il serait procédé au retrait de points et portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

10. Il ressort des pièces produites par le ministre de l'intérieur, que la décision concernant l'amende forfaitaire majorée relative à l'infraction du 26 juin 2021 a été envoyée à M. A le 30 septembre 2021 comme en atteste la concordance entre les mentions de la direction générale des finances publique indiquant un pli n° " 2D 045 368 8730 2 " et celles de ce même pli portant ce même numéro lui ayant été notifié le 5 octobre 2021, mais ayant été retourné à l'expéditeur accompagné de la mention " pli avisé non réclamé ". La production de telles pièces suffit donc à établir que l'intéressé a bénéficié de l'ensemble des informations prévues par lesdites dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant l'infraction commise le 26 juin 2021 doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

C. GosselinLe greffier,

Signé

S. Burel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N°2205446

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