vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205464 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | COLLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 20 juillet 2022, M. D C, actuellement retenu au centre de rétention de Palaiseau, représenté par Me Collet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant douze mois.
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
*est entachée d'incompétence ;
*a été prise en violation du droit d'être entendu ;
*est insuffisamment motivée ;
*est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
*méconnaît l'article L. 251-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il séjourne en France depuis moins d'un mois ;
*est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il peut faire l'objet d'une décision de remise Schengen à destination de la Belgique ;
*méconnaît l'article L. 251-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il séjourne en France depuis moins de trois mois et que ce séjour n'est pas constitutif d'un abus de droit ;
*méconnaît l'article L. 251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas un trouble à l'ordre public ;
- la décision fixant le pays de renvoi :
*est entachée d'incompétence ;
*est illégale eu égard à l'illégalité de la décision d'éloignement sur le fondement de laquelle elle a été prise ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire :
*est entachée d'incompétence ;
*est insuffisamment motivée
*est illégale eu égard à l'illégalité de la décision d'éloignement sur le fondement de laquelle elle a été prise ;
*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français :
*est entachée d'incompétence ;
*est insuffisamment motivée
*est illégale eu égard à l'illégalité de la décision d'éloignement sur le fondement de laquelle elle a été prise ;
*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en l'absence de menace à l'ordre public et d'abus de droit.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a versé, le 18 juillet 2022, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juillet 2022, tenue en présence de Mme Amegee, greffière d'audience,
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Collet, représentant M. C, présent, assisté par Mme A E, interprète, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Helderlé pour le préfet de la Seine-Saint-Denis.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant syrien né le 3 janvier 2001 à Tartous (Syrie), séjourne en France, selon ses déclarations, depuis moins d'un mois. Le 14 juillet 2022, M. C a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et avec usage de stupéfiant. Par un arrêté du 15 juillet 2022, pris sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant douze mois. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ". Aux termes de l'article L. 611-2 du même code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un des États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les 1° et 2° de l'article L. 611-1 lorsqu'il ne peut justifier être entré ou s'être maintenu sur le territoire métropolitain en se conformant aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20 et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21 de cette même convention. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. " L'article L. 622-1 du même code prévoit que : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. " et son article L. 622-3 dispose que : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
4. Il ressort de l'arrêté en litige que le préfet de la Seine-Saint-Denis, après avoir visé les dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités au point 3, relatives à la remise aux autorités d'un autre Etat membre de l'Union européenne, s'est fondé sur des motifs tenant à l'absence de preuve de la présence de M. C sur le territoire français depuis moins de trois mois ainsi qu'à l'absence de justification d'une activité professionnelle ou de la recherche d'un emploi, de ressources ou moyens d'existence suffisants ainsi qu'à la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'intérêt fondamental de la société française que l'intéressé constitue pour décider de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, de fixer le pays de destination en cas d'exécution d'office et de prononcer à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant douze mois. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que M. C, de nationalité syrienne, est titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités belges et valable jusqu'au 30 juillet 2025, lequel a été remis aux services de police lors de son placement en rétention administrative. Dans ces conditions, en visant les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la remise aux autorités d'un autre Etat membre de l'Union européenne pour édicter une décision portant obligation de quitter le territoire français, sans mentionner la détention par l'intéressé d'un titre de séjour belge et sans examiner sa situation au regard de ces dispositions, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 15 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé d'obliger M. C à quitter le territoire français doit être annulée. Il y a lieu d'annuler, également et par voie de conséquence, les décisions du même jour portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de douze mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet de police de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
8. Aux termes de l'article L. 613-5 de ce code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".
9. La présente décision implique qu'il soit mis fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 15 juillet 2022 ci-dessus annulée. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 juillet 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 15 juillet 2022 qui est annulée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 22 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
signé
G. B La greffière,
signé
E. Amegee
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026