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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205566

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205566

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 18 juillet 2022 du préfet de l'Essonne portant obligation de quitter le territoire français ; en tout état de cause, d'annuler le même arrêté en tant qu'il fixe le pays de renvoi, lui refuse un délai de départ volontaire et porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans ;

3°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bidault, son avocate, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 612-6 et l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été transmise au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vincent, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant arménien né le 29 décembre 1981, est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français en décembre 2016, muni d'un visa, avec son épouse et leurs deux fils, nés respectivement en 2004 et en 2006. Un troisième enfant est né en France en 2017. Il a ensuite déposé une demande d'asile qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 27 avril 2017, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 janvier 2018. Il a ensuite formé une demande de réexamen le 5 mars 2018 rejetée par décision de l'OFPRA du 9 mars 2018, confirmée par la CNDA le 26 juillet 2018. Par arrêté du 8 octobre 2018, le préfet de Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français en l'assortissant, le 28 janvier 2019, d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 2 ans, décisions auxquelles il n'a pas déféré. Interpellé le 17 juillet 2022 par les services de police de Juvisy-sur-Orge, il a ensuite été placé en garde à vue. Par arrêté du 18 juillet 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en lui interdisant d'y retourner pendant une durée de trois ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement conformément aux articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, sans être par ailleurs stéréotypée. Au surplus, cette décision n'a pas à être exhaustive. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". De plus, aux termes aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Le requérant allègue que présent en France depuis décembre 2016 avec son épouse et leurs enfants, tous trois scolarisés, il y a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Toutefois, il ne démontre pas ainsi avoir tissé en France des liens personnels et familiaux autres qu'avec sa cellule familiale, également de nationalité arménienne. A cet égard, la circonstance que son épouse soit présente en France de manière régulière à la date de la décision attaquée ne permet pas non plus de considérer que son droit au respect de sa vie privée et familiale a été méconnu, celle-ci n'étant détentrice que d'un récépissé de demande d'un premier titre de séjour remis le 24 mai 2022 et valable jusqu'au 23 septembre 2022. Par ailleurs, le requérant n'établit pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Arménie, pays dont ils possèdent tous la nationalité. Par suite, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris ni méconnu l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision litigieuse à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision litigieuse à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

12. Le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de la convention internationale des droits de l'enfant à l'encontre de la décision litigieuse. En tout état de cause, il ressort de la décision attaquée et il n'est pas contesté que le requérant a été interpellé le 17 juillet 2022 par les services de police de Juvisy-sur-Orge pour des faits de tentative de vol par effraction en réunion et placé en garde à vue à le même jour. Il n'est pas non plus contesté qu'il n'a pas déféré à une première décision portant obligation de quitter le territoire français du 8 octobre 2018. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

14. Il est constant qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé au requérant. Il résulte en outre de la décision attaquée que le préfet a tenu compte de la durée de sa présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. Par suite et pour les mêmes motifs que ceux précédemment invoqués, le moyen tiré de la méconnaissance de ces deux articles doit être écarté.

15. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant à l'encontre de la décision attaquée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 18 juillet 2022 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même de ses conclusions à fin d'injonction et de ses conclusions sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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