vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205577 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | POULLIEUX-DELCOUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022, M. G A F, représenté par Me Delcour, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet de l'Essonne du 29 juin 2022 refusant de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et décidant de la mise en exécution de la décision d'éloignement à l'expiration d'un délai de 30 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été signé par une autorité incompétente.
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle a été signée par une autorité incompétente.
S'agissant de la décision l'obligeant à restituer son titre de séjour provisoire :
- elle est illégale par voie d'exception.
S'agissant de la décision de mise à exécution de la décision d'éloignement :
- elle est illégale par voie d'exception.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire.
Par ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vincent, première conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. M. G A F, ressortissant marocain né le 27 mai 1984, est entré sur le territoire français le 1er mars 2011, selon ses déclarations. Il a épousé Mme B C, de nationalité portugaise, en 2015. Un enfant est né de cette union. En 2017, il a été mis en possession d'un titre de séjour " membre de famille d'un citoyen européen ", qui a expiré en mars 2019. Il a ensuite sollicité un changement de statut pour se voir reconnaître son handicap. Après avis rendu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le préfet de l'Essonne a refusé de faire droit à sa demande et l'a assorti d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 9 janvier 2020. Le 7 janvier 2021, il a déposé une nouvelle demande de titre de séjour et a été mis en possession, dans l'attente, d'un récépissé de demande de titre. Par arrêté du 29 juin 2022 notifié le 4 juillet 2022 dont il demande l'annulation, le préfet a refusé de faire droit à sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français en fixant le pays de renvoi.
Sur le moyen commun à l'arrêté du 29 juin 2022 tiré de l'incompétence de son signataire :
2. Par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-085 du 17 juin 2022, au demeurant visé dans l'arrêté lui-même, par ailleurs régulièrement publié, le préfet de l'Essonne a donné délégation de signature à M. E D, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
Sur les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par le préfet de l'Essonne, autorité d'un Etat membre, est inopérant s'agissant des deux décisions attaquées. Au surplus, il n'est pas contesté que le requérant ne s'est pas présenté devant la commission du titre de séjour devant laquelle il a été convoqué le 27 décembre 2021.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à retracer la situation de l'intéressé de manière exhaustive, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, conformément aux articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, de manière non stéréotypée. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". De plus, aux termes de l'article L.412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". En outre, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Au cas d'espèce, le requérant soutient qu'il y a bien communauté de vie avec son épouse et qu'il contribue non seulement à l'éducation et à l'entretien de son enfant, né le 19 janvier 2014 mais aussi au soutien financier du foyer, son épouse étant sans emploi alors qu'il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée comme équipier de commerce depuis janvier 2018. Il produit à cet égard des bulletins de salaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet a refusé de renouveler son titre de séjour pour menace à l'ordre public, au motif qu'il a été condamné, le 11 août 2020, à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant conjoint, commis le 29 avril 2020 à Corbeil Essonne. Il ressort également des pièces du dossier que la commission du titre de séjour, qui l'a convoqué à sa session du 27 décembre 2021 mais à laquelle il ne s'est pas rendu, a rendu un avis défavorable au renouvellement de son titre. De plus, s'il produit quelques factures EDF récentes à son nom et à celui de son épouse, une seule facture des frais de cantine de son fils à son nom, quelques attestations en sa faveur de son épouse, d'un membre de la famille de son épouse et d'une voisine, ces éléments ne sont pas suffisants pour démontrer que le préfet a porté à son droit au respect à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, nonobstant le fait que son épouse aurait retiré sa plainte à son encontre. Par suite, le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention sur les droits de l'enfant doit être écarté de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste du préfet dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
8. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 2 que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente. Dès lors, le moyen doit être écarté.
Sur la légalité de la décision l'obligeant à restituer son titre de séjour provisoire :
9. Aux termes de l'article L.432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
10. Il résulte de ce qui précède que le requérant présente une menace à l'ordre public. Dès lors, le préfet était fondé à lui demander de restituer son récépissé de demande de carte de séjour, dont la validité a au demeurant expiré au 21 juillet 2022.
Sur la légalité de la décision de mise à exécution de la décision d'éloignement à l'expiration d'un délai de 30 jours :
11. Cette décision ne constitue pas une décision autonome de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté comme inopérant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'ensemble des décisions attaquées doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même des conclusions à fin d'injonction ainsi que des conclusions sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A F et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
Mme Vincent, première conseillère,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
L. Vincent
Le président,
Signé
C. GosselinLa greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026