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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205595

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205595

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHAVKHALOV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2022 à 17h48, M. B, représenté par Me Chavkhalov, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 12 juillet 2022 par laquelle préfet de l'Essonne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, soit jusqu'au 12 janvier 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision par laquelle il a été assigné à résidence est signée par un auteur dont la compétence n'est pas établie ;

- est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire, qui ne mentionne pas expressément le pays de renvoi, est également illégale ;

-est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle a été prise au visa du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa situation relève du 1° de l'article L. 731-1 du même code, le préfet ayant lui-même estimé, selon les motifs de l'arrêté contesté, qu'il existe une perspective raisonnable d'éloignement ; dans ces conditions, il n'est pas fondé à s'appuyer sur l'article L.731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour assigner à résidence l'étranger ; en effet, lorsque l'autorité administrative considère qu'il existe une perspective raisonnable d'éloignement, l'assignation à résidence, prononcée sur le fondement de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut excéder 45 jours, renouvelable une fois dans la même limite de durée ;

-cette décision méconnaît également les dispositions du 2e alinéa de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside, fixée à neuf heures, excède le maximum prévu par les dispositions du premier alinéa de cet article ; la décision d'assignation n'étant pas fondé sur une mesure d'expulsion, ni sur une peine ou une mesure administrative d'interdiction du territoire, ni enfin sur un motif d'ordre public, le préfet ne pouvait se fonder sur les dispositions du second alinéa de cet article pour fixer la durée de la plage horaire, en l'espèce, à neuf heures.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-13, à l'article L. 754-2 et à l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C, en présence de Mme A, interprète, qui a informé les parties en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le tribunal était susceptible d'opérer une substitution de base légale de la décision d'assignation à résidence, en la fondant sur 7° de l'article L. 731-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lieu et place du 1° du même article, visé par l'arrêté attaqué ;

- les observations de Me Koenen, substituant Me Chavkhalov.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe d'origine tchétchène, demande au tribunal d'annuler la décision du 12 juillet 2022, qui lui a été notifiée le 19 juillet 2022 à 14h00, par laquelle le préfet de l'Essonne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de l'urgence, il y a lieu de l'admettre d'office, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne le fondement de l'assignation à résidence

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Et aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. (..) ".

5. Pour assigner M. B à résidence pour une durée de six mois, le préfet, a estimé que ce-dernier, de nationalité russe, ne pouvait regagner le pays dont il possède la nationalité en raison de la circonstance que " tous les vols à destination de la Russie [étaient] actuellement suspendus ". Il a, toutefois, estimé, ainsi qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux, que son éloignement demeurait " néanmoins () une perspective raisonnable ". Il ne ressort pas, par ailleurs, des pièces du dossier, que M. B, s'il n'était pas en mesure de rejoindre la Russie, n'était pas en mesure de se rendre dans aucun autre pays, comme l'exigent les dispositions de l'article L. 731-3. Par conséquent, la situation de M. B relève, comme il le fait valoir, des dispositions de l'article L. 731-1, l'assignation prononcée à son encontre sur le fondement de ces dispositions ne pouvait excéder une durée de 45 jours, renouvelable une fois, conformément aux dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il s'ensuit que la décision par laquelle le préfet a assigné M. B à résidence dans le département de l'Essonne pour une durée de six mois, qui est entachée d'une erreur de droit, doit être annulée.

Au surplus, en ce qui concerne la plage horaire fixée par l'arrêté contesté

7. Aux termes de l'article L. 733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / Lorsque l'étranger assigné à résidence fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une décision d'interdiction administrative du territoire français, ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, la durée de cette plage horaire peut être portée à dix heures consécutives par période de vingt-quatre heures ".

8. En l'espèce, si M. B a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire en date du 8 décembre 2021, il ne ressort toutefois d'aucune des pièces du dossier qu'il aurait fait l'objet de l'une des décisions qui, en application du second alinéa de l'article L. 733-2 précité, justifient que la plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux dont il réside, puisse être portée au maximum à dix heures. Dans ces circonstances, la décision par laquelle le préfet a fait obligation au requérant de demeurer dans les locaux où il réside, dans le département de l'Essonne, entre 21 heures et 6 h du matin, soit pour une durée de 9 heures par période de vingt-quatre heures, est également entachée d'une erreur de droit.

Sur les frais

9. Dans les circonstances de l'espère, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement, à M. B, d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son avocat renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a assigné à residence M. B pour une durée de six mois est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Chavkhalov, avocat de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce-dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de l'Essonne et à Me Chavkhalov.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

G. CLe greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205595/11

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