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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205787

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205787

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantANGLIVIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête enregistrée le 26 juillet 2022, M. C B, représenté D Me Angliviel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 D lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros D jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de le munir, dans ce cas, d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que la consultation du fichier de traitement d'antécédents judiciaires (TAJ), sur laquelle le préfet s'appuie pour caractériser une menace pour l'ordre public, a été faite D un agent habilité à cet effet ; en outre, le préfet ne justifie pas d'une saisine des services de police ou de gendarmerie, ou du Procureur de la République, en application de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, en vue de connaître les suites judiciaires données aux infractions évoquées dans ce fichier ;

- cette décision est insuffisamment motivée, faute notamment d'indiquer la façon dont le préfet a eu connaissance des faits sur lesquels il se fonde pour caractériser une menace pour l'ordre public et il n'est pas tenu compte de la pathologie psychiatrique dont il est atteint ;

- elle procède d'un examen incomplet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la prétendue menace qu'il constituerait pour l'ordre public, le préfet ne justifiant pas des suites pénales données aux faits évoqués dans le fichier TAJ, à l'exception d'une condamnation, prononcée D une ordonnance pénale, pour un vol simple commis le 13 juin 2021 ; en outre, les faits reprochés constituent des délits portant atteinte à des biens et non à des personnes ; ces faits se concentrent sur la période comprise entre juin et octobre 2021, soit peu de temps avant son hospitalisation et il ne s'est, depuis lors, plus fait connaître des services de police ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation, en particulier au regard de son état de santé, dont le préfet avait connaissance ;

- elle porte atteinte au principe de non-discrimination en raison du handicap, garanti D l'article 14 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour avis, dès lors que le préfet avait connaissance de ses problèmes de santé ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle contrevient également à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit, le préfet n'ayant pas exercé sa compétence en fixant automatiquement ce délai à un mois ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et procède d'une prise en compte incomplète de sa situation.

D un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Angliviel, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant ivoirien né le 31 octobre 2002, est entré en France au cours du mois de juillet 2017 et il a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance dès le mois d'août 2017. Il a bénéficié, à sa majorité, d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D un arrêté du 22 juin 2022, le préfet des Yvelines a rejeté la demande de M. B tendant au renouvellement de son titre de séjour au motif que celui-ci représente une menace pour l'ordre public, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il devait être renvoyé. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée D la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

3. Aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, () les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, D : () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités D le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code ". Et aux termes de l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes d'acquisition de la nationalité française et de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers () ".

4. Il résulte de la lecture combinée des dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale et de l'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité que les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités D le représentant de l'Etat peuvent, dans le cadre de l'instruction des demandes de délivrance et de renouvellement de titres de séjour, consulter le fichier de traitement des antécédents judiciaires.

5. En l'espèce, il ressort des pièces versées au dossier D le préfet des Yvelines que la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires concernant M. B a été effectuée D un agent dûment habilité à cet effet. En revanche, le préfet ne justifie pas avoir saisi les services du procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale. Il ne justifie pas davantage avoir saisi les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, ainsi que le prévoient ces mêmes dispositions.

6. Une irrégularité affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'elle a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'elle a privé les intéressés d'une garantie.

7. La règle fixée D les dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale tend à protéger les personnes faisant l'objet d'une mention dans les fichiers d'antécédents judiciaires constitués D les services de police et de gendarmerie nationales aux fins de faciliter leurs investigations. Elle constitue, de ce fait, une garantie pour toute personne dont les données à caractère personnel sont contenues dans les fichiers en cause. Dès lors, en se fondant sur les mises en causes révélées D la consultation du fichier des traitements des antécédents judiciaires pour estimer que M. B représentait une menace pour l'ordre public, sans procéder au préalable à la saisine des services du procureur de la République pour demande d'information sur les suites judiciaires, ni des services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, le préfet a privé M. B d'une garantie.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 juin 2022 D laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, ainsi, D voie de conséquence, que des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il devait être renvoyé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à M. B, mais seulement qu'il soit procédé à un nouvel examen de sa situation. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder à ce réexamen, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. M. B ayant été admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle, son avocate peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Angliviel, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Angliviel de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à ce dernier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 22 juin 2022 D lequel le préfet des Yvelines a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de cette notification.

Article 4 : L'Etat versera à Me Angliviel, avocate de M. B, la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Angliviel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, cette somme de 800 euros lui sera versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Angliviel et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Amar-Cid, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère,

Rendu public D mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. A

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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