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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205896

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205896

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET INDIVIDUEL LE BAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juillet 2022 et 16 mars 2023, M. J et Mme L K, M. F et Mme I E, M. W R, M. M et Mme H P, M. C T, Mme G O, M. et Mme C B, Mme N V, M. et Mme X A, et Mme Q D, représentés par Me Pitti-Ferrandi, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le maire de la commune des Essarts-le-Roi a délivré à la SA Domnis un permis de construire en vue de la réalisation de 22 logements sociaux pour une surface de plancher totale de 1 391,20 mètres carrés et les décisions du 24 mai 2022 par lesquels leurs recours gracieux formés contre cet arrêté ont été rejetés ;

2°) de mettre à la charge de la commune des Essarts-le-Roi la somme de 5 000 euros à leur verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'elle a été introduite dans le délai de recours contentieux et qu'ils justifient d'un intérêt à agir ; ils justifient du respect des formalités prévues par les dispositions des articles R. 600-1 et R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence faute pour son signataire de justifier d'une délégation de signature régulière ;

- le permis de construire contesté a été délivré sur la base d'un dossier incomplet faute de comporter des éléments permettant d'établir la mutualisation des accès ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 1AUi 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) dès lors que le projet ne prévoit pas d'accès mutualisé au lotissement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 1AUi 11 du règlement du PLU dès lors que le projet ne s'intègre pas dans son environnement, que les toits terrasses ne sont pas intégralement végétalisés et que les clôtures végétales ne sont pas diversifiées ;

- le projet est incompatible avec les dispositions de l'OAP n° 3 relative au site " Château d'eau ".

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 janvier et 18 avril 2023, la SA Domnis, représentée par Me Belet-Cessac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, la commune des Essarts-le-Roi, représentée par Me Le Baut, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de chacun des requérants une somme de 5 000 au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maljevic, conseiller,

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- les observations de Me Le Baut, représentant la commune des Essarts-le-Roi,

- et les observations de Me Baudinaud, représentant la SA Domnis.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 mars 2022, le maire de la commune des Essarts-le-Roi a délivré à la SA Domnis un permis de construire un ensemble immobilier de 22 logements sociaux pour une surface de plancher totale de 1 391,20 mètres carrés situé au sein d'un lotissement. M. J et Mme L K ainsi que d'autres riverains du projet ont formé des recours gracieux contre cet arrêté. Par des décisions du 24 mai 2022, le maire des Essart-le-Roi a rejeté l'ensemble des recours gracieux. Par la présente requête, M. et Mme K et autres, sollicitent du tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence :

2. Il ressort des pièces versées au dossier que, par un arrêté du 22 juillet 2020, transmis au contrôle de légalité le 30 juillet suivant, le maire de la commune des Essarts-le-Roi a délégué sa compétence à M. U S, aux fins de signer tous les documents concernant l'urbanisme, dont relève le permis de construire. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté de permis de construire attaqué, signé le 9 mars 2022 par M. U S, adjoint au maire de la commune des Essarts-le-Roi, est entaché d'incompétence.

En ce qui concerne les accès et la voirie :

3. Aux termes de l'article 1AUi 3.2 du règlement du PLU de la commune des Essarts le Roi, relatif aux conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public : " 3.2. Conditions d'accès aux voies / Pour les constructions situées en premier rang, par rapport à la voie principale de desserte, tout accès à une voie publique ou privée doit avoir une largeur minimale de 2,50m. / Pour les constructions situées au-delà du premier rang, par rapport à la voie principale de desserte, tout accès à une voie publique ou privée doit avoir une largeur minimale de 3,50m. / Lorsqu'un terrain est riverain de deux ou plusieurs voies, l'accès, sur celle(s) de ces voies, qui peut présenter une gêne pour la circulation peut être interdit / Dans tous les cas, la mutualisation des accès devra être recherchée ".

4. Les requérants ne peuvent utilement invoquer à l'encontre du permis de construire en litige la circonstance que le projet contesté méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article 1AUi 3.2 du règlement du PLU au motif qu'aucune mutualisation des accès entre les différentes parcelles du lotissement n'est prévue. Ce grief, qui porte sur les modalités d'organisation du lotissement, relève du permis d'aménager, lequel ne fait pas l'objet d'une contestation dans le cadre de la présente instance. A supposer que le moyen porte sur l'accès crée sur le terrain d'assiette du projet, il ressort des plans de masse joints au dossier de permis de construire attaqué qu'un seul accès est prévu pour l'ensemble des constructions projetées. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet autorisé méconnaît les dispositions précitées, ni que le dossier joint au permis de construire serait incomplet sur ce point.

En ce qui concerne l'insertion des constructions :

5. Aux termes de l'article 1AUi.11 du règlement du PLU relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords : " 11.1. Dispositions générales / Les travaux d'extension et de réhabilitation devront se faire dans le respect des matériaux utilisés et du style de l'époque de la construction principale. / Il sera demandé une réfection des bâtiments anciens à l'identique pour éviter l'apparition de matériaux inadaptés ou d'éléments standards incompatibles avec l'architecture traditionnelle locale ou avec les matériaux anciens de construction et qui auraient pour finalité de dénaturer leur aspect typique. / Les architectures étrangères à la région ou empreintes aux architectures extra régionales sont interdites, et à plus forte raison extra nationales. / Le permis de construire pourra être refusé ou n'être accordé que sous réserve du respect de prescriptions spéciales, si les constructions par leur situation, leur architecture, leur aspect extérieur ou leurs dimensions sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. / Les créations architecturales contemporaines sont autorisées sous réserve que le parti d'aménagement soit assumé et qu'il s'insère dans son environnement par l'utilisation de formes et/ou de matériaux s'inspirant de l'architecture régionale (). / 11.3. Toitures / Les toitures constituent la cinquième façade de la construction : elles doivent donc avant tout assurer un bon couronnement de la construction et être en harmonie avec les constructions voisines de par leurs formes, leurs couleurs ou leurs matériaux. Elles font partie intégrante du projet architectural. L'utilisation de l'ardoise et de la tuile doit être privilégiée. () Toutefois, les toitures terrasses sont autorisées à condition d'être végétalisées. / Par ailleurs, la pente peut être ramenée à 30° pour les constructions non destinées à l'habitat (). / 11.6. Clôtures / En bordure des emprises publiques : / Les clôtures devront être composées de végétaux d'essences variées et locales, favorables au déplacement des espèces ".

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet autorisé est situé en zone AU correspondant à une zone d'urbanisation future destinée prioritairement à de l'habitat. La parcelle d'assiette du projet est située au sein d'un lotissement, lui-même situé au sein d'un secteur majoritairement composé de maisons d'habitation individuelle. Bien que composé de construction de même type, ce secteur ne se caractérise par aucune harmonie ou spécificité architecturale particulière, compte tenu notamment de la présence d'un imposant château d'eau. Si les requérants soutiennent que ce permis de construire permet la réalisation de logement collectif dont les dimensions sont plus importantes que celles des constructions situées à proximité, il ressort toutefois des pièces du dossier que les bâtiments projetés possèdent une hauteur de 6 mètres à l'égout et 9 mètres au faîtage. A cet égard, l'obligation pour ce projet de tenir compte de son environnement et de s'y intégrer ne fait pas obstacle à ce qu'il présente, dans le respect des prescriptions du règlement du plan local d'urbanisme relatives à la hauteur, une différence d'échelle avec les constructions avoisinantes. Enfin, il ressort des différents photomontages et de la notice jointe à la demande de permis de construire, que les couleurs et matériaux choisis reprennent celles et ceux des constructions avoisinantes et permettent leur intégration. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en autorisant le projet litigieux, le maire de la commune des Essart-le-Roi a entaché sa décision d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 1AUi.11 du règlement du PLU.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les toitures terrasses prévues par le projet en litige feront l'objet d'une végétalisation partielle. La circonstance que ces toitures terrasses ne seraient pas entièrement végétalisées ne saurait caractériser une méconnaissance des dispositions précitées de l'article 1AUi 11 du règlement du PLU, lesquelles n'expriment aucune règle imposant une surface minimale à végétaliser.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des mentions figurant dans la notice jointe au dossier de permis de construire, que les clôtures végétalisées prendront la forme de haies, lesquelles auront des strates arbustives et arborées diversifiées. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis de construire en litige méconnaît les dispositions précitées de l'article 1AUi 11 du règlement du PLU sur ce point.

En ce qui concerne la compatibilité du permis de construire avec les dispositions de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 3 :

9. Aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme (PLU) et, en particulier, en contrarient les objectifs.

10. En premier lieu, aux termes de l'OAP n° 3 : " Secteur d'habitat / Des constructions destinées à l'habitat devront être crées afin de participer au renouvellement de l'offre de logements sur la commune. / Une densité de l'ordre de 25 logements à l'hectare sera recherchée. / En outre, afin de favoriser la mixité sociale, les opérations de plus de 10 logements devront comporter au moins 20 % de logements sociaux ".

11. Il ne résulte pas de ces dispositions que les auteurs de cette OAP auraient entendu fixer une limite maximum de 25 logements à l'hectare. Par ailleurs, cet objectif ne saurait être apprécié, ainsi que le font valoir les requérants, au seul niveau de la parcelle d'assiette du projet, mais doit être envisagé au niveau de l'ensemble du périmètre en cause. Par suite, en prévoyant la réalisation de 22 logements sur une parcelle de 3 891 mètres carrés, le projet autorisé n'est pas incompatible avec les mentions de l'OAP n°3 mentionnées au point précédent.

12. En deuxième lieu, l'OAP n° 3 se poursuit en ces termes : " Pour les petits collectifs, les formes architecturales seront à imaginer, voire innovantes, de manière à optimiser le foncier tout en respectant l'approche qualitative d'entrée de ville et le traitement des transitions entre l'urbanisation et la lisière agricole, comme par exemple : / L'implantation des constructions sous forme de courée de ferme, en " L " ou en " U ", sera recherchée afin de constituer des cœurs d'îlots verts au sein même des espaces bâtis. Néanmoins, la nécessité de limiter les ombres portées entre les bâtiments devra être prise en compte / Par ailleurs, compte-tenu de la situation en entrée de ville, une attention particulière devra être portée sur l'insertion paysagère des constructions, notamment en lisière de la zone agricole ".

13. Il ne résulte des dispositions mentionnées au point précédent de l'OAP n°3 aucun caractère contraignant quant à la recherche d'une implantation des constructions en L ou en U. Par suite, le projet ne saurait être regardé comme étant incompatible à cette orientation.

14. En troisième lieu, l'OAP n° 3 énonce que " Les formes de constructions favorables à l'utilisation des énergies renouvelables et aux économies d'énergie seront privilégiées. / L'orientation du bâti devra être déterminée pour optimiser l'exposition des bâtiments à la lumière naturelle et aux expositions sud. / Pour favoriser les économies d'énergie, la volumétrie et la typologie des bâtiments favoriseront des formes compactes et simples. / La création de logements traversant, à minima bi-orientés, devra être recherchée. / Les façades principales des maisons individuelles ou groupées devront être de préférence orientées vers le sud ".

15. Si les dispositions de l'OAP mentionnées au point précédent invitent à privilégier des formes de construction favorables à l'utilisation d'énergies renouvelables, elles ne sauraient être regardées comme exigeant l'installation de dispositifs d'énergies renouvelables. En outre, il ressort des photographies aériennes jointes au dossier de permis de construire que l'implantation des constructions permet une exposition principale des façades Sud des constructions de sorte qu'elle optimise l'exposition des bâtiments à la lumière naturelle. La seule circonstance, à la supposée établie, que des zones d'ombre seraient créées par les bâtiments entre eux ne saurait à elle seule caractériser une incompatibilité du projet avec les dispositions de l'OAP en cause.

16. Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité du projet avec l'OAP n°3 du PLU doit être écarté en toutes ses branches.

17. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation du permis de construire délivré le 9 mars 2022 par le maire de la commune des Essarts-le-Roi à la SA Domnis, ni des décisions du 24 mai 2022 par lesquelles leurs recours gracieux ont été rejetés.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune des Essarts le Roi, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 500 euros à verser à la commune des Essarts-le-Roi et une somme globale de 1 500 euros à verser à la SA Dominis sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme K et autres, est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront une somme globale de 1 500 euros à la commune des Essart-le-Roi et une somme globale de 1 500 euros à la SA Domnis au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J et Mme L K, en leur qualité de représentant unique, à la commune des Essart-le-Roi et à la SA Domnis.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Benoit, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

S. Maljevic

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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