lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2205901 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ULDRIF ASTIE ROSINE BARAKE CHRISTA POULET-MEYNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2022, M. A B, représenté par Me Astié, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 43 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé l'illégalité de l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable est illégale car elle entachée d'un défaut de motivation ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison de l'illégalité de l'arrêté du 30 avril 2021 du préfet de Yvelines annulé par un jugement du 7 janvier 2022 du tribunal administratif de Versailles ;
- il a subi des troubles dans ses conditions d'existence ainsi qu'un préjudice moral en lien direct avec cette faute qui peuvent être évalués à la somme de 6 000 euros.
- il a subi un préjudice financier provenant d'une perte de revenus qui peut être évaluée à 30 000 euros ;
- il a été privé de la possibilité de passer son permis de conduire et donc a été empêché d'aller et de venir, de réaliser ses démarches administratives et de se déplacer ; ce préjudice peut être évalué à la somme de 2 000 euros ;
- en l'absence de titre de séjour, de nombreuses prestations de la CAF n'ont pu être versées ; ce préjudice peut être évalué à la somme de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, le préfet des Yvelines conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la minoration du montant des préjudices.
Il soutient que :
- M. B avait sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant et n'avait fourni aux services préfectoraux aucun élément concernant sa vie privée et familiale et n'avait notamment pas fait état de son concubinage avec une ressortissante française ;
- M. B n'établit ni le lien de causalité entre l'arrêté du 30 avril 2021 et les préjudices qu'il invoque, ni la réalité de ces préjudices ;
- à titre subsidiaire, les montants sollicités doivent être ramenés à de plus justes proportions.
Par ordonnance du 22 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sauvageot,
- et les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ukrainien, né le 2 octobre 1992, est entré en France le 17 août 2010, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ", valable jusqu'au 16 août 2011 et s'est vu délivrer, en cette même qualité, des titres de séjour dont le dernier expirait le 10 avril 2020. Il a sollicité le renouvellement de son droit au séjour le 30 août 2019, sur le fondement des dispositions des articles L. 313-7 et L. 313-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 avril 2021, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 2108297 du 7 janvier 2022, le tribunal administratif de Versailles a annulé l'arrêté du 30 avril 2021 et a enjoint au préfet de délivrer à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 30 avril 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision de rejet implicite née du silence gardé par le préfet des Yvelines sur la demande indemnitaire de M. B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de l'intéressé qui, en formulant les conclusions analysées ci-dessus, a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Il n'y a par suite pas lieu de statuer sur les conclusions en annulation de la décision rejetant implicitement cette demande indemnitaire.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
3. L'illégalité d'une décision prise par l'administration constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique pour autant qu'elle entraîne un préjudice direct et certain.
4. Il résulte de l'instruction que, pour annuler l'arrêté du 30 avril 2021 du préfet des Yvelines, le tribunal administratif de Versailles, par un jugement devenu définitif, a retenu la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur dont était entachée la décision portant refus de séjour avant d'annuler, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination. Eu égard à l'autorité de chose jugée s'attachant aux motifs constituant le support nécessaire du dispositif de ce jugement, M. B est fondé à soutenir que l'illégalité de l'arrêté du 30 avril 2021 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne la réparation :
5. En premier lieu, compte tenu de l'état d'incertitude dans lequel a été placé M. B en raison du refus de titre de séjour qui lui a été illégalement opposé et de la mesure d'éloignement prise à son encontre alors qu'il résidait de façon continue et régulière sur le territoire français depuis 2010, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence et du préjudice moral subis par M. B en les évaluant à la somme de 1 000 euros.
6. En deuxième lieu, M. B fait valoir que, du fait de l'arrêté du 30 avril 2021, il a été empêché de travailler pendant une période de plus d'un an et qu'après la délivrance de son titre de séjour, il a conclu, le 1er mars 2022, un contrat de portage entrepreneurial pour son activité libérale de " prestations de massage de bien-être ", ainsi qu'un contrat de durée déterminée le 9 mai 2022. Toutefois, M. B n'établit ni même n'allègue qu'il percevait des revenus professionnels avant le 30 avril 2021 et dont il aurait été privé du fait de l'intervention de l'arrêté du préfet. Il n'établit pas davantage que son projet d'activité libérale de " prestations de massage de bien-être " était engagé avant l'intervention de l'arrêté du 30 avril 2021 et aurait été interrompu par ce dernier. Au demeurant, il ne donne aucun élément sur l'évolution de cette activité et les revenus qu'elle lui a procuré depuis mars 2022. Dans ces conditions, la réalité du préjudice de perte de revenus n'est pas établie et la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice doit être rejetée.
7. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il a été empêché de passer son permis de conduire et partant, pendant un an, empêché d'aller et venir, de réaliser ses démarches administratives et de se déplacer. Toutefois, le requérant n'établit pas, par la seule production d'un devis émis le 1er mars 2021 d'une durée de validité d'un mois, auquel il n'a, semble-t-il, pas donné suite que l'arrêté préfectoral du 30 avril 2021 aurait interrompu sa formation au permis de conduire. Au demeurant, M. B, qui n'établit ni même n'allègue qu'il aurait passé depuis le permis de conduire, n'était pas empêché de se déplacer pour la seule raison qu'il n'était pas titulaire du permis de conduire. Dans ces conditions, la réalité de ce préjudice et son lien de causalité avec l'arrêté du 30 avril 2021 n'est pas établi et la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice doit être rejetée.
8. En quatrième et dernier lieu, M. B fait valoir qu'il a été privé d'allocations versées par le CAF. Toutefois, le requérant produit à l'appui de cette demande un courrier des services de la CAF du 12 juillet 2021 aux termes duquel l'intéressé n'a pas produit les informations requises concernant ses ressources permettant le calcul de l'aide au logement. Dans ces conditions, M. B n'établit pas l'existence d'un lien direct entre l'absence de versement de ces prestations sociales et la décision du préfet des Yvelines du 30 avril 2021. Par suite, la demande d'indemnisation de ce chef de préjudice doit être rejetée.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme demandée au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 1 000 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Yvelines et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sauvageot, présidente rapporteure,
Mme Lutz, première conseillère,
Mme Degorce, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.
La présidente rapporteure,
Signé
J. Sauvageot
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
F. Lutz
La greffière,
Signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026