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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2205998

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2205998

vendredi 5 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2205998
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ATTLAN-PAUTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2022, M. B A, représenté par Me Cohen, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 28 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a classé sans suite sa demande de renouvellement de sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de renouveler son titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que sa situation administrative lui a fait perdre son emploi, son contrat de travail n'ayant pas été renouvelé à l'issue de la fin de validité de son titre de séjour, qu'il ne peut s'inscrire à Pôle emploi et ne peut circuler librement sur le territoire français ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors que :

. elle est entachée d'un défaut de base légale en l'absence de texte prévoyant le classement sans suite d'une demande de renouvellement de titre de séjour ;

. elle est insuffisamment motivée dans la mesure où elle est dépourvue de motivation en droit ;

. elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle, précisant qu'il réside en France depuis 1984, est marié à une ressortissante française, est père de quatre enfants et bénéficiait d'une carte de résident.

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à circuler librement sur le territoire français et à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que prévu par l'article 9 du code civil et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bélot, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose toutefois que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. En distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521-1 et L. 521-2 mentionnés au point précédent, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée, n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d'apprécier objectivement, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.

3. Pour justifier de l'urgence de sa requête tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 28 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a classé sans suite sa demande de renouvellement de sa carte de résident, M. B A, ressortissant congolais (République Démocratique du Congo) né le 1er mars 1981, soutient que sa situation administrative lui a fait perdre son emploi, son contrat de travail n'ayant pas été renouvelé à l'issue de la fin de validité de son titre de séjour, qu'il ne peut s'inscrire à Pôle emploi et ne peut circuler librement sur le territoire français. Toutefois, M. A ne produit aucune pièce relative à sa situation professionnelle et n'apporte aucune précision sur les difficultés qu'il rencontrerait pour se déplacer en France. Par ailleurs, il résulte des pièces produites par le requérant que la validité de la carte de résident dont il était en dernier lieu titulaire a expiré le 17 novembre 2021 et qu'il n'a déposé sa première demande de renouvellement que le 15 novembre 2021, soit deux jours seulement avant la date d'expiration de son titre de séjour. En outre, alors même que la seconde demande de renouvellement de sa carte de résident déposée par M. A a été rejetée le 28 mai 2022, soit plus de deux mois avant le dépôt de sa requête, le requérant n'allègue pas de circonstances particulières justifiant l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. Dans ces conditions, il n'établit pas être dans une situation de nature à caractériser une atteinte suffisamment grave et imminente à sa situation ou à ses intérêts.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par

M. A, y compris les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 5 août 2022.

Le juge des référés

Signé

S. Bélot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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