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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206127

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206127

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP SEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 août 2022, 27 juin 2024, 15 juillet 2024 et 16 septembre 2024, M. Olivier Vagneux demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) avant-dire-droit d'ordonner la communication des rapports de mission, de la note de fonctionnement et du détail des missions issus de la convention pluri-communale de mise en commun des agents de la police municipale et des missions de polices municipales des communes de Savigny-sur-Orge et de Juvisy-sur-Orge ;

2°) d'annuler la convention de mutualisation des agents et des missions de police municipale entre les communes de Savigny-sur-Orge et de Viry-Châtillon, signée les 1er et 24 juin 2022 ainsi que, par voie d'exception, la délibération n°31/130 du 19 mai 2022 par laquelle le conseil municipal de Savigny-sur-Orge a approuvé la signature de cette convention et a autorisé son maire à la signer ;

3°) de rectifier le préambule de la convention en corrigeant l'article L. 512-1 du code de la sécurité intérieure par sa version applicable au litige et la date de prise d'effet de la convention en son article 10.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la convention en litige est entachée d'un vice de procédure dès lors que la délibération autorisant le maire de Viry-Châtillon à la signer n'a été transmise au préfet dans le cadre du contrôle de légalité que le 20 juin 2022, soit postérieurement à sa signature ;

- elle est entachée de rétroactivité illégale dès lors que les maires de Viry-Châtillon et de Savigny-sur-Orge ont commencé à l'appliquer à compter du 7 juin 2022, soit avant la date de sa signature par la commune de Savigny-sur-Orge ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que les élus du conseil municipal n'ont pas été suffisamment informés préalablement de l'adoption de la délibération du 19 mai 2022 et que la note de synthèse qui leur a été communiquée, de même que la présentation faite par le maire en conseil municipal, étaient insincères ;

- elle méconnaît l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'un maire ne peut, seul, décider des missions des agents de police municipale, sans l'aval du conseil municipal ;

- son article 4 méconnaît le chapitre II du titre Ier du livre V de la partie législative du code de la sécurité intérieure qui ne prévoit pas que les conventions de coordination des polices municipales mutualisées avec la police nationale puissent être distinctes selon les communes ;

- son préambule est insuffisamment motivé ;

- son article 10 qui prévoit une prise d'effet au 1er juin 2022, soit antérieurement à la date de sa signature, est entaché de rétroactivité illégale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du visa erroné d'une version antérieure de l'article L. 512-1 du code de la sécurité intérieure ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir compte tenu de la précipitation avec laquelle elle a été signée :

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 512-1 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'elle ne vise pas l'ensemble des mentions obligatoires et indispensables sans lesquelles la mutualisation n'est pas possible.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2024, la commune de Viry-Châtillon, représentée par Me Lubac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- il n'y a plus lieu d'y statuer dès lors que la convention a été entièrement exécutée ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, la commune de Savigny-sur-Orge, représentée par Me Aderno, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Degorce ;

- les conclusions de Mme Winkopp-Toch, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A, de Me Chevandier pour la commune de Savigny-sur-Orge et de Me Lubac pour la commune de Viry-Châtillon.

Considérant ce qui suit :

1. M. Olivier Vagneux, conseiller municipal d'opposition de la commune de Savigny-sur-Orge, demande au tribunal d'annuler la convention pluri-communale de mise en commun des agents et missions de police municipale des communes de Viry-Châtillon et de Savigny-sur-Orge, signée respectivement les 1er et 24 juin 2022.

Sur la demande de communication de de divers documents :

2. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication des pièces demandées par M. A. Dans ces conditions, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Viry-Châtillon :

3. Contrairement à ce que fait valoir la commune de Viry-Châtillon en défense, la circonstance que la convention pluri-communale a été entièrement exécutée ne prive pas d'objet le recours en contestation de validité que, par son recours de pleine juridiction, M. A a entendu former contre ce contrat qui n'a pas disparu de l'ordonnancement juridique. L'exception de non-lieu à statuer ainsi opposée doit par conséquent être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. M. A demande l'annulation " par voie d'exception d'illégalité " de la délibération n°31/130 du 19 mai 2022 par laquelle le conseil municipal de Savigny-sur-Orge a approuvé la signature de la convention en litige et a autorisé son maire à la signer. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de prononcer l'annulation d'un acte par voie d'exception, l'exception d'illégalité constituant seulement un moyen permettant de contester une décision ayant cet acte pour base légale ou prise pour son application. Les conclusions à fin d'annulation dirigées " par voie d'exception " contre la délibération du 19 mai 2022 doivent donc être rejetées comme irrecevables.

Sur le recours en contestation de la validité de la convention pluri-communale :

5. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses, qui en sont divisibles, assorti, le cas échéant, de demandes indemnitaires. La légalité du choix du cocontractant, de la délibération autorisant la conclusion d'un contrat et de la décision de le signer, ne peut être contestée qu'à l'occasion du recours ainsi défini. Le délai de deux mois ne peut commencer à courir que si ces mesures indiquent au moins l'objet du contrat et l'identité des parties contractantes ainsi que les coordonnées, postales ou électroniques, du service auprès duquel le contrat peut être consulté.

6. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département. Les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ayant été régulièrement convoqués à la séance où a été discutée et adoptée la délibération autorisant la conclusion d'un contrat sont réputés avoir eu connaissance de ce contrat s'ils ont été mis à même, à l'occasion de cette séance, de s'informer des principales caractéristiques de celui-ci, soit au moins l'objet du contrat et l'identité des parties contractantes. Cette connaissance, dès lors qu'elle est équivalente aux mesures de publicité mentionnées au point 5, déclenche le délai de recours contentieux de deux mois.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A était présent à la séance du conseil municipal de Savigny-sur-Orge du 19 mai 2022 au cours de laquelle il a été décidé, après en avoir délibéré, d'une part d'approuver la signature de la convention pluri-communale de mise en commun des agents et des missions de police municipale avec la commune de Viry-Châtillon et, d'autre part, d'autoriser le maire à la signer. Le requérant, qui a eu à cette occasion connaissance des caractéristiques principales de la convention, disposait ainsi, à compter de cette date, d'un délai de deux mois pour introduire, en sa qualité de membre du conseil municipal, un recours en contestation de la validité de ce contrat alors même que ce dernier n'a été signé que le 24 juin 2022. Sa requête, enregistrée le 8 août 2022, est donc tardive et ne peut qu'être rejetée comme irrecevable.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette la requête de M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction tendant à la rectification du préambule de la convention en litige et de son article 10 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme de 900 euros à verser à chacune des communes de Savigny-sur-Orge et de Viry-Châtillon qui ont toutes deux exposé des frais d'avocats pour se défendre dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Il est mis à la charge de M. A une somme de 900 euros à la commune de Savigny-sur-Orge ainsi qu'une somme de 900 euros à la commune de Viry-Châtillon au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. Olivier Vagneux, à la commune de Savigny-sur-Orge et à la commune de Viry-Châtillon.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

Ch. DegorceLa présidente,

signé

J. Sauvageot

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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