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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206176

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206176

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantONILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2022, Mme C B épouse B, représentée par Me Onillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjointe de ressortissant français à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle a été victime de violences conjugales.

Par un mémoire en défense, enregistré 27 septembre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante sénégalaise née le 8 février 1989, a épousé M. B, ressortissant français, le 26 janvier 2013 au Sénégal. Elle est entrée en France le 9 novembre 2018 munie d'un visa de long séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjointe d'un ressortissant français valable du 16 janvier 2020 au 15 janvier 2021, dont elle a demandé le renouvellement le 29 janvier 2021 sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 juillet 2021, dont Mme B demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai.

2. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B au regard des éléments dont il avait connaissance et notamment de sa situation privée et familiale.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-3 de ce code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales. / En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies. ".

4. En l'espèce, Mme B a demandé le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Il ressort cependant des pièces du dossier, et n'est pas contesté par Mme B, qu'elle vit séparément de son époux depuis le mois de janvier 2021. La requérante, qui soutient avoir été victime de violences de la part de son époux, verse aux débats une attestation de l'association " Femmes de la terre ", qui, si elle fait état du comportement humiliant, menaçant et violent de son époux et de sa belle-famille, se borne toutefois à relater les propos de l'intéressée. Par ailleurs, la production d'une plainte déposée à l'encontre de son époux pour le vol de ses papiers d'identité, classée sans suite, ainsi que d'une main courante pour un différend avec sa belle-sœur, sont insuffisantes pour établir la réalité des violences conjugales ou familiales alléguées. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

V. A

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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