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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206196

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206196

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantBLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2215691/12-3 du 9 août 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. C B.

Par une requête et un mémoire, enregistrés au tribunal administratif de Paris le 21 juillet 2022, et un mémoire, enregistré le 8 septembre 2022 au tribunal administratif de Versailles, M. C B, représenté par Me Blet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les arrêtés du 20 juillet 2022 par lesquels le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen sérieux de sa situation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2022 :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Etelbert, substituant Me Blet, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. B,

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 13 juillet 1998, est entré sur le territoire français en 2013 selon ses déclarations. Par deux arrêtés du 21 juillet 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside sur le territoire français depuis l'âge de quinze ans, justifiait d'une ancienneté de séjour en France de huit ans et demi à la date d'intervention des arrêtés en litige et a été scolarisé jusqu'en 2019 dans le domaine de la menuiserie puis de la maintenance automobile. Il est marié avec une ressortissante française depuis le mois de janvier 2022, père de deux enfants de nationalité française nés le 23 juin 2020 et le 3 juillet 2021 et justifie de manière suffisamment probante de la réalité de sa vie familiale, sa conjointe étant par ailleurs enceinte depuis le mois de janvier 2022 de leur troisième enfant. Sa mère réside également sur le territoire français sous couvert d'un certificat de résidence algérien. Il n'est pas contesté que son oncle est de nationalité française. Par ailleurs, il est en possession d'un passeport algérien en cours de validité, a été titulaire d'un titre de séjour jusqu'au 28 mai 2021 et a déposé, le 13 février 2022, auprès des services de la préfecture de l'Essonne une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de Français et de parent d'enfant français. Il est exact que M. B a été interpellé et placé en garde à vue, le 19 juillet 2022, pour des faits de blessures involontaires, défaut de permis de conduire, délit de fuite et mise en danger de la vie d'autrui, pour lesquels il a, au demeurant, été pénalement condamné postérieurement à l'intervention des décisions en litige et a fait l'objet de plusieurs signalements depuis 2016 auprès des services de police, notamment pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis de conduire, dont il ne conteste pas sérieusement la matérialité. Il est toutefois constant qu'à la date d'intervention des arrêtés en litige, le casier judiciaire de M. B ne comportait aucune mention et que le dernier signalement remontait au 23 juin 2020. Par ailleurs, si les faits reprochés à M. B, et reconnus par ce dernier, à savoir avoir renversé une personne alors qu'il conduisait un véhicule en n'étant en possession que d'un certificat d'examen de permis de conduire dont la validité avait expiré et avoir pris la fuite en adoptant un comportement dangereux, présentent une gravité certaine, ces faits doivent être mis en balance avec les fortes attaches de M. B avec la France et ses efforts d'intégration sur la période récente, dont témoignent son mariage, sa paternité, l'obtention du permis de conduire et d'un emploi et l'absence de trouble à l'ordre public depuis environ deux ans. Eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, en faisant obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai à destination de l'Algérie et en lui faisant interdiction de revenir en France pendant trente-six mois, le préfet de police a porté aux droits de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions ont été prises et, par conséquent, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les arrêtés du 20 juillet 2022 par lesquels le préfet de police a fait obligation à M. B de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Aux termes de l'article L. 613-5 de ce code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

8. La présente décision implique qu'il soit mis fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 20 juillet 2022 ci-dessus annulée. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 20 juillet 2022 par lesquels le préfet de police a fait obligation à M. B de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, de prendre toutes mesures utiles aux fins de supprimer le signalement de M. B dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

S. ALe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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