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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206232

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206232

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Perez
Avocat requérantDELACHARLERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 août 2022, M. C B, représenté par Me Delacharlerie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 du directeur de l'agence Pôle emploi de Palaiseau refusant de l'inscrire en qualité de demandeur d'emploi ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'agence France Travail de Palaiseau de procéder à son inscription en qualité de demandeur d'emploi dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de France Travail la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le directeur de l'agence de Palaiseau n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que l'administration indique qu'elle n'a pas pu authentifier le titre de séjour de l'intéressé alors que le titre de séjour en question est authentique ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il réunit les conditions lui permettant d'être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le directeur régional de Pôle Emploi Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant autorisé à travailler à titre accessoire " ne permet pas l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ;

- le directeur de l'agence France Travail de Palaiseau était ainsi en situation de compétence liée pour refuser l'inscription du requérant sur la liste des demandeurs d'emploi ;

- la formulation employée à l'appui de la décision attaquée doit être comprise, non comme remettant en cause l'authenticité du document produit par le requérant, mais comme constatant que ce document ne correspond pas à l'un des titres de séjour mentionnés par l'article R. 5221-48 du code du travail, permettant une inscription sur la liste des demandeurs d'emploi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 1er novembre 1986, a été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle mention " étudiant : autorisé à travailler à titre accessoire ", valable du 6 septembre 2019 au 5 septembre 2021. Il s'est vu notifier une attestation aux termes de laquelle une décision favorable a été prise le 25 avril 2022 à la suite de sa demande d'admission au séjour et une carte de séjour temporaire valable du 6 septembre 2021 au 5 septembre 2022, portant la mention " étudiant -élève " et autorisant son titulaire à travailler à titre accessoire, lui sera délivrée et est en cours de fabrication. Inscrit en master 1 de droit public par correspondance à l'université de Grenoble, il a sollicité son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi. Par une décision du 27 avril 2022, le directeur de l'agence Pôle Emploi de Palaiseau a décidé de refuser d'enregistrer M. B sur la liste des demandeurs d'emploi. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Si dans son mémoire en défense, l'administration fait valoir que la requête est tardive dès lors que la décision attaquée date du 27 avril 2022 et que la requête a été enregistrée le 15 août 2022, elle ne produit aucune pièce justifiant de la date de notification au requérant de la décision attaquée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'administration ne peut qu'être écartée.

Sur le fond :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de l'agence France Travail de Palaiseau n'aurait pas, avant de prendre sa décision, procédé à un examen particulier de la demande de l'intéressé. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors que son titre de séjour, qu'il produit au cours de l'instance, est bien authentique, il résulte de l'instruction que la formulation employée dans la décision attaquée, qui indique que le contrôle de validité effectué n'a pas permis d'authentifier le titre de séjour du requérant, doit être comprise, ainsi que le fait valoir France Travail en défense, non comme remettant en cause l'authenticité du titre produit, mais comme constatant que ce document ne correspond pas à l'un des titres autorisant un ressortissant étranger à s'inscrire en qualité de demandeur d'emploi, ce que cette décision précise en relevant que M. B ne remplit pas les conditions fixées par le code du travail pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de fait dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur le droit à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, qui relève des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

6. Aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi. ". Aux termes de l'article L. 5411-4 du même code : " Lors de l'inscription d'une personne étrangère sur la liste des demandeurs d'emplois, Pôle emploi vérifie la validité de ses titres de séjour et de travail. () ". Selon l'article R. 5411-3 du même code, inséré dans la section relative à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi : " Le travailleur étranger justifie de la régularité de sa situation au regard des dispositions réglementant l'exercice d'activités professionnelles salariées par les étrangers. ". Aux termes de l'article R. 5221-48 de ce code relatif à l'emploi d'un salarié étranger : " Pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi, le travailleur étranger doit être titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : () 12° La carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité ", délivrée en application des articles L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-6 et L. 433-4 du même code ainsi que le visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " mentionné au 13° de l'article R. 431-16 du même code, bénéficiant d'une autorisation de travail en application du 1° du II de l'article R 5221-3 du présent code, lorsque son contrat de travail, en rapport avec son cursus universitaire, a été rompu à l'initiative de son employeur ou pour force majeure ; () ".

7. Il résulte de ces dispositions que, pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi, deux conditions cumulatives doivent être remplies : avoir bénéficié d'une carte pluriannuelle portant la mention " étudiant " et, lorsque l'étudiant bénéficie d'une autorisation de travail, avoir exercé une activité en rapport avec son cursus universitaire. Ainsi qu'il a été dit au point 1, le requérant était en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention étudiant valable jusqu'au 5 septembre 2022. La circonstance que cette carte portait la mention suivante " autorisé à travailler à titre accessoire " n'est pas de nature à modifier le type de carte de séjour qui lui a été délivrée dès lors que l'exercice parallèlement à ses études d'une activité rémunérée, dont la durée est limitée, ne lui faisait pas perdre sa qualité d'étudiant. S'il résulte de l'instruction que le contrat de travail dont le requérant bénéficiait a été rompu par son employeur en raison d'une décision d'une autorité administrative, ce contrat ayant pour objet des missions d'agent de sécurité ne peut être regardé comme étant en rapport avec son cursus universitaire à savoir l'obtention d'un diplôme universitaire de Master 1 de droit public. Dans ces conditions, Pôle emploi - Nouvelle Aquitaine pouvait refuser à M. B son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi et le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au directeur régional de France Travail Île-de-France, et à la ministre du travail et de l'emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. ALa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne, ou à tous huissiers de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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