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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206282

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206282

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2022, Mme D C, représentée par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " étudiant ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, le tout dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet n'a examiné sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale qu'au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et a rejeté sa demande au seul motif qu'elle ne justifiait pas d'une résidence de 10 ans sur le territoire français ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'ancienneté de son séjour en France et les conditions de son intégration justifient son admission exceptionnelle au séjour ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a construit sa vie familiale et professionnelle sur le territoire français ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour " étudiant " ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré 23 septembre 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Desouches pour Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante marocaine née le 21 mai 2001, est entrée en France, le 30 août 2017 munie d'un visa de court séjour valable du 21 août au 20 septembre 2017. Le 9 décembre 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 422-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juillet 2022, dont Mme C demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée à l'expiration de ce délai.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2022-05-12-00005 du 12 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2022-097 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. E F, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il précise les motifs de droit et de fait pour lesquels Mme C ne peut être regardée comme satisfaisant aux conditions des articles L. 422-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, le préfet des Yvelines n'avait pas l'obligation de rappeler tous les éléments de fait se rattachant à la situation de la requérante, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour rejeter sa demande de délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante a actualisé sa demande de titre de séjour, dans laquelle elle indiquait être célibataire, pour informer les services préfectoraux de son mariage avec un ressortissant marocain vivant en France, le 21 mai 2022, ou encore qu'elle a porté à la connaissance de ces mêmes services la naissance de son fils le 13 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C au regard des éléments dont il avait connaissance et notamment de sa situation privée et familiale telle que portée à sa connaissance.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14.3 ". L'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ".

6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du même code, à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. D'une part, en indiquant que la requérante ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne justifiait pas de considérations humanitaires ou exceptionnelles appréciées notamment au regard de l'ancienneté de sa résidence habituelle en France, le préfet a nécessairement examiné s'il pouvait lui être délivré un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur ce même fondement. En outre, il ne résulte pas des termes de la décision attaquée que la demande de la requérante aurait été rejetée au seul motif qu'elle ne justifiait pas d'une résidence habituelle en France depuis dix ans, circonstance qui n'est mentionnée que pour expliquer les motifs pour lesquels la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie et non pour rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le moyen d'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme C est arrivée en France en 2017, à l'âge de 16 ans, pour y poursuivre sa scolarité en étant hébergée chez son oncle, titulaire d'une délégation d'autorité parentale. Elle a obtenu son certificat de formation générale en 2018, et justifie d'une inscription en BUT " génie mécanique et productique " à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines pour l'année 2021-2022. Le 21 mai 2022, elle a épousé M. A G, ressortissant marocain en situation irrégulière, avec lequel elle a eu un enfant né le 13 juillet 2022. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer au Maroc. Par ailleurs, et alors même qu'elle établit avoir travaillé trois mois durant l'été 2019, Mme C ne justifie d'aucune intégration professionnelle sur le territoire français. Il ressort enfin des pièces du dossier que Mme C n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents, son frère et sa sœur. Au vu de la situation de Mme C, et en dépit de la durée de son séjour en France et de ses efforts d'insertion sociale, le préfet des Yvelines n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en refusant son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la décision du préfet des Yvelines n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et n'a donc méconnu, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme C n'est pas entrée sur le territoire français munie du visa de long séjour exigé par l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peut ainsi pas se prévaloir des dispositions du premier alinéa de l'article L. 422-1 de ce code cité au point précédent. Par ailleurs, si la requérante, entrée en France à l'âge de seize ans, a été inscrite au lycée Jean Rostand de Mantes la Jolie du 1er octobre 2017 au 1er juillet 2018 en classe d'UPE2A, puis en classe de seconde au lycée Senghor de Magnanville durant l'année scolaire 2018/2019, puis de nouveau au lycée Jean Rostand en classes de première et de terminale durant les années 2019/2020 et 2020/2021, et enfin à l'université de Versailles-Saint-Quentin pour l'année 2021/2022 en première année de BUT " génie mécanique ", elle n'établit pas, ni même n'allègue, être dans l'impossibilité de poursuivre ses études dans son pays d'origine. Elle ne justifie pas davantage d'une nécessité liée au déroulement de ses études. Dès lors, et compte-tenu de ce qui a été dit au point 8, et alors même que, contrairement à ce qu'énonce la décision attaquée, Mme C est entrée régulièrement en France, le préfet des Yvelines n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en application du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ". La requérante ne saurait, en outre, utilement invoquer la circulaire du 26 mars 2002 sur les conditions d'entrée et de séjour en France des étudiants étrangers et modalités de renouvellement des cartes de séjour " étudiant " qui est dépourvue de valeur réglementaire.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8, 10 et 12, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

V. B

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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