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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206306

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206306

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BECAM MONCALIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 août 2022, 14 avril et 26 avril 2023, M. A... B..., représenté par Me Moncalis, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision n°PRE-IDF2-2022-07-19-A-00056973 du 19 juillet 2022 par laquelle le directeur du Conseil National des Activités Privées de Sécurité (CNAPS) lui a refusé la délivrance d’une autorisation préalable à l'accès à une formation professionnelle ;

2°) d’enjoindre au Conseil National des Activités Privées de Sécurité d’instruire, à nouveau, sa demande d’autorisation préalable de formation présentée le 13 avril 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
-
la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
-
elle est entachée d’une erreur d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.





Vu :
- l’ordonnance du juge des référés n°2206307 du 24 août 2022 ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Rivet,
- les conclusions de M. Nicolas Chavet, rapporteur public,
- et les observations de Me Moncalis, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

1. M. A... B... a déposé, le 13 avril 2022, une demande d’autorisation préalable à l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle prévue à l’article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure. Par une décision du 19 juillet 2022, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) lui a refusé la délivrance de cette autorisation. M. B... demande l’annulation de cette décision et qu’il soit enjoint au CNAPS de réétudier sa demande.

Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision du 19 juillet 2022 :

2. Aux termes de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : « Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions (…)». Aux termes de l’article L. 612-22 du même code : « L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20 ».

3. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu’elle est saisie d’une demande d’autorisation préalable d’accès à une formation pour l’exercice de la profession d’agent privé de sécurité, l’autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l’article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l’intéressé sont contraires à l’honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l’Etat, et s’ils sont ou non compatibles avec l’exercice des fonctions d’agent privé de sécurité. Pour ce faire, l’autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, à une appréciation globale de l’ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l’existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l’autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

4. Pour refuser de délivrer à M. B... une autorisation préalable à l'accès à une formation professionnelle, le directeur du CNAPS s’est fondé sur les résultats de l’enquête administrative du 16 novembre 2022 révélant que l’intéressé avait été mis en cause en qualité d'auteur de faits de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas 8 jours, le 1er mars 2006, à Corbeil Essonnes (91) et de violences volontaires par conjoint ou concubin avec ITT de moins de 8 jours, le 26 février 2006. Il a estimé que ces faits révélaient une absence de maîtrise de soi et une incapacité à se conformer aux règles strictes inhérentes à la fonction d'agent de sécurité. Toutefois, d’une part, les circonstances détaillées de ces deux plaintes font apparaitre que les violences ont été commises de manière réciproque par les deux époux et qu’il avait également porté plainte. Il ressort également des pièces du dossier que ces plaintes ont été classées sans suite après un rappel à la loi. Enfin, les faits en cause sont anciens et M. B... n’a pas fait l’objet d’autres signalements ni commis d’autres faits répréhensibles. D’autre part, il résulte également de l’instruction et des pièces du dossier que M. B... est sapeur-pompier volontaire depuis 25 ans et dispose de plusieurs attestations émanant du SDIS de l’Essonne attestant de la constance ses compétences professionnelles et de son courage au cours des opérations de sauvetage, incompatible avec le manque de sang froid qui lui a été reproché pour motiver le refus de renouvellement de sa carte. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard au caractère ancien et isolé des faits pour lesquels M. B... a fait l’objet d’un signalement, et à l'absence de toute autre mise en cause de l'intéressé depuis, la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a commis une erreur d'appréciation en estimant que ces seuls faits révélaient une absence de maîtrise de soi et une incapacité à se conformer aux règles strictes inhérentes à la fonction d'agent de sécurité et en refusant, pour ce motif de lui délivrer l’autorisation préalable prévue à l’article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure.

5. Par suite, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen de la requête, M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision de 19 juillet 2022.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 19 juillet 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

7. Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d’office l’intervention de cette nouvelle décision ».

8. Le motif de l’annulation prononcée au point 4 implique nécessairement que la demande de M. B... soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au directeur du CNAPS, de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.


Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l’article L. 761-1 du CJA : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros à verser à M. B... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.


D E C I D E:


Article 1er : La décision du 19 juillet 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au CNAPS de réexaminer la situation de M. B.../de délivrer une autorisation préalable de formation dans un délai de deux mois.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au conseil national des activités privées de sécurité.




Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :


Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller,



Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 septembre 2023.



La rapporteure,
signé
S. Rivet
La présidente,
signé
S. Mégret


La greffière,

signé

Y. Bouakkaz



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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