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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206319

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206319

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2022, M. C B, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel le préfet des Yvelines a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il doit être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision implicite de refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été entendu préalablement à son édiction, en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne de respect des droits de la défense, et qu'il n'a pas été informé de la possibilité de faire valoir ses observations écrites ou orales ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a versé, le 4 novembre 2022, des pièces au dossier.

Par une ordonnance du 18 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été reportée au 6 décembre 2022.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour, une telle décision étant inexistante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant nigérian né le 14 août 1972, déclare être entré en France en 2013. Il a fait l'objet le 10 octobre 2018 d'un refus de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire à laquelle il s'est soustrait. Il a été incarcéré le 22 juillet 2020 à la suite de sa condamnation à une peine de six mois d'emprisonnement pour violence avec arme. Par un arrêté du 12 octobre 2020, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la décision implicite portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des mentions de l'arrêté attaqué, que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. B est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, désormais repris par l'article L. 611-1 du même code, en vertu desquelles l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour lui a été refusé, ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré. Si M. B indique avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 6 janvier 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier que la demande de titre de séjour qu'il a présentée n'était pas complète et n'a pas été enregistrée. Il ressort en revanche des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que le requérant a fait l'objet, le 10 octobre 2018, d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, et que le préfet des Yvelines s'est fondé sur cette décision antérieure de refus de séjour pour l'obliger à quitter le territoire français, sans procéder à un nouvel examen de son droit au séjour. Par suite, les conclusions de M. B tendant à l'annulation d'une décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour, qui est inexistante, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal dressé par les services de police le 21 juillet 2020, que M. B a été mis en mesure de présenter des observations sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Il a admis ne pas être en situation régulière à cette occasion. Il n'établit pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration, avant que ne soit pris l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à celui-ci. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines aurait méconnu son droit d'être entendu, tel que garanti par le principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B au regard des éléments dont il avait connaissance et notamment de sa situation privée et familiale.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet, le 10 octobre 2018, d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le requérant n'établit pas avoir déposé, en janvier 2020, un dossier complet de demande de titre de séjour, qui aurait donné lieu à la délivrance d'un récépissé. Par suite, en indiquant que l'intéressé n'a pas souhaité se mettre en conformité avec la législation en matière du droit au séjour des étrangers, le préfet des Yvelines, qui, ainsi qu'il a été dit au point 2, n'a pas examiné le droit au séjour du requérant, n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait. De la même façon, c'est sans commettre d'erreur de fait que le préfet des Yvelines a pu indiquer que le requérant, alors incarcéré pour des faits de violence avec arme, ne démontrait pas, par son comportement, sa volonté de s'intégrer, et ce alors même qu'il était bénévole au sein de plusieurs associations et qu'il avait démontré des efforts d'insertion professionnelle.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 22 juillet 2020 en comparution immédiate à la peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de violence avec arme. Alors même qu'il n'avait jamais été condamné auparavant, M. B, qui a la date de la décision attaquée exécutait la fin de sa peine sous le régime de la semi-liberté depuis le 9 octobre 2020, représentait une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le requérant établit avoir travaillé en décembre 2018 en qualité d'agent d'entretien, de janvier à octobre 2019 en qualité de poseur, de novembre 2019 à mai 2020 en qualité d'employé polyvalent pour une société avec laquelle il a signé un contrat à durée indéterminée à temps plein le 1er juillet 2020, et enfin en qualité d'employé familial en juin 2020. Toutefois, il ne justifiait, à la date de la décision attaquée, d'aucune insertion professionnelle. Célibataire et sans charge de famille, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et ses trois frères et sœurs. En outre, s'il se prévaut de la présence en France de son frère, titulaire d'un titre de séjour, il n'établit pas l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec lui. Par suite, et alors même que l'intéressé justifie être bénévole au sein d'une association sportive de football depuis 2013 ainsi qu'au sein du Secours populaire depuis octobre 2019, la décision attaquée n'est pas, dans les circonstances de l'espèce, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 8 du présent jugement, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de la situation de M. B, des erreurs de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée, doivent être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas entachée d'illégalité. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " III. - L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour (). / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés au III de l'article L. 511-1, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

14. En l'espèce, d'une part, M. B fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. Le requérant ne fait, en outre, état d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Yvelines a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B d'une telle interdiction. D'autre part, au regard de ce qui a été dit au point 8, le préfet des Yvelines n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en interdisant à M. B, qui par ailleurs a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, de retourner sur le territoire français pendant une durée deux ans.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 8 du présent jugement, les moyens tirés du défaut d'examen sérieux de la situation de M. B, des erreurs de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée, doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ne peuvent qu'être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

signé

V. A

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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