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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206373

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206373

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDLIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 19 août 2022, M. E D, représenté A Me Dlimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 A lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 15 euros A jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti A les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet aurait dû examiner l'opportunité d'une mesure de régularisation de sa situation dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

Un mémoire en défense présenté A le préfet de l'Essonne, enregistré le 13 octobre 2022, postérieurement à la clôture automatique de l'instruction en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Dlimi pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant marocain né le 12 mai 1989, est entré en France le 30 mai 2015 muni d'un visa de long séjour, après son mariage au Maroc le 26 août 2014 avec Mme C, de nationalité française. Il a obtenu un titre de séjour, valable jusqu'au 26 mai 2021, dont il a sollicité le renouvellement le 27 juin 2022. A un arrêté du 3 août 2022, dont M. D demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. D est le père d'un enfant de nationalité française, né le 2 mai 2019. S'il est constant que M. D ne réside plus avec son épouse et mère de l'enfant, la communauté de vie ayant cessé en août 2019, et que l'ordonnance de non conciliation du 18 décembre 2020 avait réservé les droits de visite et d'hébergement du père, celui-ci s'est ensuite vu attribuer, A une ordonnance du 7 octobre 2021, un droit de visite médiatisé sur son fils. Il ressort du rapport établi le 4 juillet 2022 A l'association chargée d'organiser ce droit de visite, que M. D s'est présenté aux rencontres avec son fils, avec lequel il a construit un lien indéniable, que l'association estime important de maintenir. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. D, à qui il avait été initialement reproché d'avoir abandonné le domicile conjugal en août 2019 et de s'être désintéressé de son fils, a justifié avoir dû se rendre au Maroc auprès de son père malade, qui est décédé le 18 décembre 2020. A un jugement du tribunal correctionnel d'Evry du 17 mars 2021, le requérant a ainsi été relaxé des poursuites dirigées à son encontre du chef de délaissement de mineur. Enfin, M. D, qui justifie travailler en qualité de chauffeur poids lourd depuis 2017, établit contribuer à l'entretien de son fils A le versement de la pension alimentaire fixée A l'ordonnance de non conciliation. Ainsi, et alors que M. D contribue à l'entretien de son enfant et également à son éducation dans le cadre des visites médiatisées mises en place A l'autorité judiciaire, la décision portant refus de titre de séjour porte, dans les circonstances particulières de l'espèce, à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision portant refus de titre de séjour du 3 août 2022 doit être annulée ainsi que, A voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif d'annulation retenu et en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle et résultant de l'instruction, la délivrance à M. D d'un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale ". Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés A M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 août 2022 du préfet de l'Essonne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées A M. D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Caron, première conseillère,

M. Connin, conseiller.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

V. B

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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