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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206374

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206374

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206374
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDLIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2022, M. C B, représenté par Me Dlimi, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors d'une part que l'exécution de la mesure d'éloignement le privera de la possibilité de voir son fils et d'autre part, en l'absence d'autorisation de séjour, il risque de perdre son emploi ;

- plusieurs moyens sont de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ; il n'est pas suffisamment motivé ; il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ; la décision portant obligation de quitter le territoire français est en outre illégale compte tenu de l'illégalité qui entache la décision portant refus de titre de séjour ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 20 août 2022 sous le numéro 2206373 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " () lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision attaquée en tant qu'elle porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination :

2. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre un arrêté refusant la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourra être reconduit.

4. Le dépôt de la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 3 août 2022 a eu pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination. Il ne saurait donc être demandé au juge des référés de suspendre l'exécution d'une décision dont le recours en annulation formé contre elle a déjà entraîné cet effet suspensif. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué sont manifestement irrecevables en tant qu'elles portent sur la mesure d'éloignement et la décision fixant le pays de destination et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision attaquée en tant qu'elle porte refus de titre de séjour :

5. Il résulte de l'instruction que M. B a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français valable du 27 mai 2019 au 26 mai 2021. Il est toutefois constant que la vie commune avec son épouse française a cessé en septembre 2019 et que le couple est en instance de divorce, motifs sur lesquels le préfet de l'Essonne s'est notamment fondé pour refuser de renouveler le titre de séjour de l'intéressé. En se bornant par ailleurs à produire un mandat Western Union d'un montant de 100 euros daté du 19 novembre 2020, ainsi que quelques tickets de caisse relatifs à des achats de vêtements pour enfant datés de 2019 et 2020, M. B n'établit pas l'existence d'un lien particulier qui l'unirait à son fils D né le 2 mai 2019, alors qu'il est constant que ce dernier réside avec sa mère depuis la rupture de la vie conjugale. Par son ordonnance du 7 octobre 2021, produite par le requérant, le juge de la mise en état du tribunal judiciaire d'Evry a d'ailleurs refusé de fixer à son profit un droit complet de visite et d'hébergement " au regard de la rupture du lien entre le père et l'enfant, depuis près d'un an, et de la faiblesse de l'investissement du père dans son quotidien préalablement à la rupture du couple " et n'a autorisé qu'un droit de visite dans un lieu neutre, qui n'a été effectivement mis en place qu'à compter du mois de janvier 2022, à six reprises. D'autre part, si M. B fait état de son insertion professionnelle, les pièces les plus récentes qu'il produit sont relatives à un emploi en intérim exercé jusqu'en avril 2021. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, ainsi qu'en tout état de cause de la méconnaissance de L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont manifestement pas de nature à faire naitre un doute quant à la légalité de la décision attaquée. Il en va de même pour le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de séjour.

6. Par conséquent, aucun des moyens visés ci-dessus n'étant propre à créer un doute sérieux sur la régularité ou la légalité de la décision dont la suspension est demandée, il y a lieu, alors même que la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative pourrait être regardée comme satisfaite, de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions y compris celles tendant au prononcé d'une injonction et à l'application de l'article L. 761-1 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 23 août 2022.

Le juge des référés,

Signé

B. A

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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