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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206388

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206388

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 août, 7 septembre et 6 octobre 2022, M. D B, représenté par Me Hervet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'avis de la commission du titre de séjour ;

- le préfet des Yvelines a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait relative à la durée de sa résidence habituelle en France.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-malienne signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Connin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant malien né le 10 juin 1993, est entré en France le 5 septembre 2011 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 4 septembre 2011 au 4 septembre 2012. Il a obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", régulièrement renouvelée jusqu'au 11 novembre 2014, sur le fondement de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris par l'article L. 422-1 du même code. Il a sollicité le 9 mai 2022 son admission au séjour sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-malienne sur la circulation et le séjour des personnes signée à Bamako le 26 septembre 1994 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 juillet 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. A C, directeur des migrations, qui a reçu délégation de signature à cet effet du préfet des Yvelines par un arrêté du 12 mai 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'article 9 de la convention franco-malienne du 26 septembre 1994 et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et vise, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état des conditions d'entrée et de séjour de M. B, en particulier la durée de sa résidence habituelle en France, et relate les principales caractéristiques de sa situation personnelle et familiale, le préfet n'étant pas tenu de préciser tous les éléments de la situation de l'intéressé. L'arrêté attaqué, dont la motivation s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation dont il serait entaché ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen personnalisé de la situation de M. B au regard des éléments dont il avait connaissance.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". L'article L. 432-13 du même code dispose que : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".

7. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Yvelines a estimé que les documents fournis par M. B à l'appui de sa demande de titre de séjour n'étaient pas suffisants pour établir sa présence habituelle en France pour les années 2017 à 2022. Pour justifier de sa présence en France au titre des années 2018 à 2020, le requérant se borne à produire, outre des récépissés d'opérations financières qui ne sont pas, en eux-mêmes, de nature à établir qu'il résidait sur le territoire français, faute de mentionner le lieu de résidence de l'expéditeur, une attestation d'inscription à l'ENSIATE au titre de l'année 2018-2019, sans justifier du suivi de sa scolarité, une facture du 16 décembre 2018, ainsi que trois factures de juillet et août 2019 et un contrat d'assurance qui n'est pas nominatif et n'est pas daté. Les pièces versées au dossier ne sont ainsi pas suffisantes pour établir que le requérant résidait habituellement sur le territoire français entre 2018 et 2020 et, par conséquent, depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le préfet des Yvelines n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de refuser l'admission exceptionnelle de l'intéressé au séjour.

8. D'autre part, si M. B, célibataire et sans charge de famille, fait valoir qu'il vit en France depuis 2011, les pièces qu'il produit sont insuffisantes, ainsi qu'il a été dit au point précédent, pour établir sa résidence habituelle sur le territoire français entre les années 2018 et 2020. Il ressort des pièces du dossier que M. B était inscrit en licence " sciences, technologies et santé " à l'université Joseph Fourier Grenoble 1 au titre des années 2011-2012, 2012-2013 et 2013-2014. Il s'est ensuite inscrit en troisième année de licence " sciences, technologies et santé ", mention physique, à l'université Paris-Sud au titre des années 2015-2016 et 2016-2017. Puis il s'est inscrit en première année du cycle ingénierie éco-énergéticien à l'ENSIATE au titre de l'année 2018-2019, sans toutefois établir qu'il a effectivement suivi la scolarité au sein de cet établissement. Enfin, il était inscrit en licence professionnelle " techniques physiques des énergies " à l'université Paris-Saclay au titre de l'année 2021-2022. Le seul suivi de ces études n'est cependant pas suffisant pour caractériser un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par ailleurs, le requérant n'établit pas l'intensité des liens qu'il aurait noués en France, et ne justifie ni de son insertion professionnelle, ni de son intégration à la société française. Il ne conteste pas les énonciations de l'arrêté attaqué selon lesquelles il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où vivent ses parents et ses frères et sœurs, et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en estimant que son admission au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires et qu'il ne justifie d'aucun motif exceptionnel d'admission au séjour, le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation de M. B au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'a pas non plus entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

9. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait relative à la durée de sa résidence habituelle en France.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience publique du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Virginie Caron, première conseillère,

M. Nicolas Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

N. CONNIN

La présidente,

signé

C. GRENIER

La greffière,

signé

A. ESTEVES

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

7

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