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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206410

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206410

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

C une requête et des mémoires, enregistrés les 23 août, 7 et 26 septembre et 2022, M. B A, représenté C Me Monconduit, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 21 août 2022 C lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dans la mesure où il n'a pas été entendu préalablement à son édiction, en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne de respect des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle repose sur des faits matériellement inexacts ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision de ne pas accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle repose sur des faits matériellement inexacts ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui a produit des pièces, enregistrées le 4 octobre 2022.

C une ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 26 septembre 2022, a été reportée au 12 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Connin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 17 février 1982, déclare être entré en France le 30 octobre 2018 muni d'un visa. C un arrêté du 25 novembre 2020, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de certificat de résidence et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. A la suite de l'interpellation de M. A C les services de police, le préfet des Yvelines, C un arrêté du 21 août 2022, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise, notamment, le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état des conditions d'entrée et de séjour de M. A, en précisant qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour C un arrêté du 25 novembre 2020 du préfet de police de Paris, et mentionne les principales caractéristiques de sa situation personnelle, le préfet n'étant pas tenu de préciser tous les éléments de la situation de l'intéressé. La décision attaquée, dont la motivation s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen d'insuffisance de motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal des services de police du 21 août 2022, que M. A a été mis en mesure de présenter des observations sur une éventuelle mesure d'éloignement avant que ne soit prise la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines aurait méconnu son droit d'être entendu, tel que garanti C le principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté en litige que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A au regard des éléments dont il avait connaissance.

7. En quatrième lieu, la circonstance que M. A n'aurait jamais eu l'intention de se soustraire à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 25 novembre 2020, dont il n'aurait pas eu connaissance, est sans influence sur la légalité de la décision attaquée, prise sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré de ce que cette décision reposerait sur des faits matériellement inexacts ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue C la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été recruté en qualité de maçon, carreleur et plaquiste C la société So Gwen agencement, d'abord sous contrat à durée déterminée du 1er septembre 2020 au 28 février 2021, puis sous contrat à durée indéterminée à compter du 1er mars 2021. Toutefois, entré en France depuis 2018 seulement, célibataire et sans charge de famille, il n'établit pas l'intensité des liens qu'il aurait noués en France. En outre, le requérant ne peut utilement faire valoir qu'il serait exposé à des risques pour sa vie en cas de retour en Algérie, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'impliquant pas, C elle-même, le retour de l'intéressé dans son pays d'origine. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. C suite, elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant a` l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision de ne pas accorder un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " C dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

12. Pour refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire, le préfet des Yvelines s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 21 août 2022, dans la mesure où il n'a pas exécuté l'obligation qui lui a été faite le 25 novembre 2020 de quitter le territoire français et qu'au vu de son audition du 21 août 2022, il n'envisage pas de retourner en Algérie.

13. D'une part, le requérant soutient que l'arrêté du 25 novembre 2020 du préfet de police de Paris ne lui a jamais été notifié. Le préfet des Yvelines n'apporte pas la preuve que cet arrêté aurait été régulièrement notifié à M. A C voie postale le 23 décembre 2020, comme il l'indique dans l'arrêté litigieux du 21 août 2022.

14. D'autre part, il ressort du procès-verbal de son audition C les services de police du 21 août 2022 que M. A n'a jamais déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. Il a notamment affirmé : " Si je dois partir, je verrai avec un avocat, s'il me dit que je dois partir je partirai ", et qu'il a répondu C l'affirmative à la question : " Dans l'hypothèse où vous devriez comparaître devant un JLD, qu'un passeport serait préalablement remis au service de police et que le JLD vous assigne à résidence, accepteriez-vous de repartir volontairement dans votre pays d'origine ' ".

15. Il résulte de ce qui précède qu'en retenant l'existence d'un risque que M. A se soustraie à l'exécution de la décision du 21 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français et en refusant de lui accorder, pour ce motif, un délai de départ volontaire, le préfet des Yvelines, qui s'est fondé sur des faits matériellement inexacts, a fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé a` demander l'annulation de la décision de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

19. M. A fait valoir qu'il ne peut retourner en Algérie sans mettre sa vie en danger, en raison des menaces de mort émises à son encontre C des groupes terroristes. Toutefois, en se bornant à produire deux courriers de menace de mort des 25 avril et 3 juillet 2018, il n'établit pas qu'il serait exposé à un risque réel et actuel pour sa vie ou sa liberté en cas de retour en Algérie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant a` l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée C l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

22. Pour édicter à l'encontre de M. A une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet des Yvelines s'est fondé, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la décision refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire. La décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français doit, dès lors, être annulée C voie de conséquence de l'annulation prononcée au point 16 du présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement, qui annule la décision de ne pas accorder à M. A un délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, n'implique aucune mesure d'exécution, dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, le délai de départ volontaire prévu C le premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont bénéficie en principe un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, est expiré. C suite, les conclusions à fin d'injonction présentées C le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, pour l'essentiel, la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 août 2022 du préfet des Yvelines est annulé en tant qu'il refuse d'accorder à M. A un délai de départ volontaire et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience publique du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Christine Grenier, présidente,

Mme Virginie Caron, première conseillère,

M. Nicolas Connin, conseiller.

Rendu public C mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

N. CONNIN

La présidente,

signé

C. GRENIER

La greffière,

signé

A. ESTEVES

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

4

N° 1901371

8

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