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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2206414

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2206414

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2206414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantRAMISSE-GUINCESTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2022, Mme B C, représentée par Me Guincestre, demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle la commission du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle pour exercer l'activité d'agent privé ;

2°) d'enjoindre au directeur du conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros qui sera versée à son conseil, Me Guincestre, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rivet,

- les conclusions de M. Nicolas Chavet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a sollicité le 21 avril 2022 la délivrance d'une carte professionnelle en vue d'exercer les activités mentionnées à l'article L. 611-1 du code de sécurité intérieure d'agent de sécurité. Par une décision du 24 juin 2022 dont Mme C demande l'annulation, la commission du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui renouveler cette carte.

2. En premier lieu, par une décision du 29 avril 2022 n° 3/2022 portant délégation de signature du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité, M. D A, délégué territorial Sud, a reçu délégation pour signer les décisions d'octroi ou de refus d'octroi des agréments, cartes professionnelles et autres autorisations prévues au livre VI du code de sécurité intérieure. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ()".

4. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité ou d'une demande d'agrément en qualité de dirigeant d'une entreprise de sécurité privée, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. À ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

5. En l'espèce, le CNAPS a refusé de délivrer la carte professionnelle sollicitée à Mme C au motif qu'elle s'est rendue coupable de faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis le 12 novembre 2020, pour lesquelles elle a fait l'objet d'une composition pénale et tels que cela ressort des extraits du traitement des antécédents judiciaires. Il lui est également reproché d'avoir été mise en cause pour des violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, commises le 22 novembre 2020 à Courcouronnes pour lesquelles elle a dû effectuer un stage de responsabilisation parentale. Si Mme C soutient que les violences ainsi commises sont intervenues dans un contexte de violences familiales commises par son époux et produit à l'appui de ses écritures la plainte pour violences qu'elle a déposée à l'encontre ce dernier, cette circonstance à la supposée établie, n'est toutefois pas de nature à justifier des violences commises par Mme C à l'égard de son fils. Ainsi, compte tenu de la gravité des faits reprochés, la commission du CNAPS n'a commis aucune erreur d'appréciation de la situation de Mme C en estimant que son comportement était incompatible avec l'exercice d'une activité de sécurité privée et en refusant de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée. Enfin, la requérante ne peut utilement se prévaloir des effets de cette décision sur sa situation personnelle et notamment de ce qu'elle lui causerait un préjudice important.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées, y compris celles présentées en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au Conseil national des activites privées de sécurité et à Me Guincestre.

Délibéré après l'audience du 05 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

S. Rivet

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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